Le battle de compliments à Bordeaux

Un format de joute où l'on gagne en complimentant son adversaire plutôt qu'en le démolissant. Il est né à Bordeaux, il remplit aujourd'hui le Rocher de Palmer, et il se pratique dans les classes de la métropole. Voici son histoire et où le voir.

Auteur : Esope · Intervenant slam : Esope

Le battle de compliments est un des rares formats de scène qu'on peut dire bordelais. Il n'est pas arrivé d'ailleurs : il s'est construit ici, dans un café culturel de la rue Malbec, porté par une association qui en a fait la première ligue française entièrement dédiée à ce format. J'y participe depuis les premières éditions, et je le mène aujourd'hui en atelier dans les établissements de la métropole. Voici ce qu'il faut en savoir si vous voulez le voir, le pratiquer, ou le faire venir chez vous.

Le principe, en une minute

Le battle de compliments inverse les codes du battle rap. Même dispositif — deux personnes face à face, un micro, des rounds, un public qui tranche — mais la consigne est retournée : au lieu de démolir l'adversaire, on le valorise. Gagne celui qui trouve le compliment le plus juste, le plus inattendu, le mieux tourné.

Ça paraît doux, ça ne l'est pas. Le format demande la même chose que le battle classique : de l'observation, du rythme, des images, du sang-froid. Ce qui change est la direction, pas l'exigence. Le détail des règles est dans les règles du battle de compliments, et le format complet dans le guide.

D’où il vient : le Pourquoi Pas ? Café culturel

Les premières éditions se sont tenues au Pourquoi Pas ? Café culturel, rue Malbec, à Bordeaux. Une salle de quartier, un plateau modeste, et un format que personne n'avait vu ailleurs. C'est là que le dispositif s'est réglé — la durée des rounds, la place du public, ce qui fonctionne et ce qui tombe à plat.

Ça a pris vite : dès la quatrième édition, en juin 2021, la soirée affichait complet. J'étais sur ces premières éditions, et c'est le genre de moment qu'on ne mesure pas sur l'instant — on croit monter une soirée, on est en train d'installer un format.

L’association qui le porte : Ta Mère la Mieux

Ta Mère la Mieux est l'association loi 1901 qui porte le format. Elle réunit une vingtaine d'artistes — rappeurs, slameurs, poètes, beatboxers, gens de stand-up — et revendique une ligne simple, reprise par France 3 Nouvelle-Aquitaine : démocratiser le compliment, qui peut avoir autant d'impact qu'une insulte.

Au-delà des battles, l'association programme des scènes ouvertes dédiées à l'éloge — la « Rue des Éloges », environ une fois tous les deux mois —, des concerts et des formations à l'éloquence et au slam. C'est le collectif le plus actif de la ville sur ce terrain, et la source de dates la plus fiable : voir les scènes slam à Bordeaux.

« Ta Sœur la Mieux » : la porte d’entrée

Un format s'épuise s'il tourne toujours avec les mêmes noms. D'où « Ta Sœur la Mieux » : une soirée pensée comme une draft, où l'on repère celles et ceux qui monteront ensuite sur la grande scène. On y vient sans palmarès, on y passe devant un public et devant les artistes de l'association, et c'est de là que sortent les affiches suivantes.

C'est un détail d'organisation qui dit beaucoup du milieu bordelais : la scène ne s'est pas fermée une fois installée, elle s'est donné un escalier.

Du café culturel au Rocher de Palmer

Le chemin s'est fait en quelques années, de la salle de quartier à l'une des scènes de référence de la métropole. La dernière grande édition a affiché complet au Rocher de Palmer, à Cenon. J'y ai affronté Maëlle, la présidente de l'association — un duel que je n'aurais pas imaginé cinq ans plus tôt rue Malbec.

Le format sort aussi des salles : l'association tourne dans la métropole, notamment dans le cadre de l'Été Métropolitain, sur des places et des squares, en plein air et en entrée libre.

Ce que le format a changé pour le public

Deux choses, que je constate à chaque édition. La première : il fait venir des gens que le battle rap n'aurait jamais fait entrer dans une salle — et notamment beaucoup plus de femmes, sur scène comme dans le public. La seconde : il désamorce l'appréhension. On peut venir écouter un battle de compliments sans rien connaître au rap, et repartir en ayant compris ce qui se joue.

Les puristes du battle rap peuvent émettre des réserves, et c'est légitime : le format renonce à une partie de la tension qui fait l'intérêt du genre. Mais il ouvre une porte que l'autre gardait fermée.

Le battle de compliments en atelier

C'est le prolongement naturel, et c'est devenu une part importante de mon travail en Gironde et ailleurs. Le format fonctionne remarquablement en collège, en lycée et en structure jeunesse, pour une raison précise : il détourne les codes de la vanne au lieu de les interdire. Là où l'on demanderait vainement à un groupe d'arrêter de se chambrer, on lui donne la même énergie à retourner.

Quelques projets racontés sur ce site, tous en Gironde : au point rencontre jeunes du Barp, en structure jeunesse à Bassens, au collège Albert-Camus d'Eysines et au lycée des Graves à Gradignan.

Une précision qui compte, parce qu'on me la demande souvent : le battle de compliments n'est pas un dispositif anti-harcèlement, même s'il travaille sur le même terrain. Ce qu'il fait et ce qu'il ne fait pas est détaillé dans battle de compliments et harcèlement.

Le faire venir dans votre structure

Si vous êtes en établissement scolaire, en structure jeunesse ou en médico-social et que le format vous intéresse, décrivez-moi votre groupe. Les volumes d'heures, les effectifs tenables et les formats de restitution sont détaillés sur la page des ateliers battle de compliments.

Faire venir un intervenant

Esope intervient depuis 2016 en collège, en lycée, en école, en structure jeunesse et en établissement médico-social. Champion de France de slam, agréé par l’Éducation nationale.

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