Un battle de compliments avec les jeunes de Bassens

Deux séances de quatre heures avec une douzaine de volontaires, dans une structure jeunesse de Bassens. L'objectif : écrire un battle de compliments assez solide pour tenir devant le public de la Fête de l'avenir.

Auteur : Esope · Intervenants slam : Esope

Deux jeunes face à face lors d’un atelier battle de compliments, l’un applaudissant l’autre
Le battle de compliments : deux jeunes face à face, et tout le monde autour.

Une structure jeunesse de Bassens, en Gironde, m'a proposé un format que je connais bien et qui reste, à chaque fois, un vrai défi : deux séances de quatre heures, une douzaine de volontaires, et une scène à tenir au bout. Cet atelier battle de compliments devait aboutir à une restitution lors de la Fête de l'avenir, le 9 septembre. Il fallait donc que des jeunes qui ne se connaissaient pas tous écrivent, en huit heures, quelque chose d'assez tenu pour passer la rampe.

Le contexte : un groupe mouvant, un temps court

Le public était volontaire, ce qui change tout, mais il arrivait au compte-gouttes. Des jeunes poussaient la porte en cours de séance, d'autres repartaient plus tôt. C'est la réalité d'une structure jeunesse : on n'y travaille pas avec une classe fermée, on travaille avec un flux. Mon premier travail n'a donc pas été d'écrire, mais d'accrocher — trouver, dans les dix premières minutes d'un jeune qui vient d'entrer, une raison de rester.

Le battle de compliments est un excellent outil pour ça. C'est un format que j'ai développé avec le collectif Ta Mère La Mieux : deux personnes s'affrontent, mais au lieu de se démolir comme dans un battle de rap classique, elles cherchent la punchline la plus valorisante. Le principe se comprend en une phrase, il fait rire immédiatement, et il transforme le rapport au groupe. Personne n'a peur d'écrire un compliment.

Un groupe de jeunes assis en cercle autour d’un intervenant en atelier d’écriture

Le déroulement de l’atelier

On a commencé debout, en cercle, sans feuille. Un tour de jeux oraux : on se lance des mots, on répond en rebondissant sur la sonorité, on prend l'habitude d'entendre sa propre voix devant les autres. C'est la partie que les nouveaux arrivants pouvaient rejoindre à n'importe quel moment sans se sentir en retard.

  • L'inventaire. Chacun observe un autre participant et note dix détails concrets : une façon de marcher, une manie, une couleur de veste. Pas d'adjectifs vagues, du précis.
  • La montée en image. On reprend un de ces détails et on le transforme en comparaison, puis en métaphore. « Tu ris fort » devient « ton rire, c'est le voisin qui perce un mur à sept heures du matin ».
  • Le rythme. On tape le texte à la main sur la table pour trouver où ça tombe juste. Une punchline qui n'a pas de rythme ne fait pas rire, même si elle est bien écrite.
  • La mise en voix. Chacun dit son texte à une seule personne, puis à trois, puis au groupe. On ne passe jamais directement de la feuille à la scène.

La seconde séance a été consacrée à la confrontation. On tire les duos au sort, on répète, on coupe. C'est presque toujours à ce moment-là que les textes gagnent : obligé de passer après quelqu'un, on comprend tout de suite ce qui fonctionne et ce qui traîne.

Les techniques travaillées

Sous le jeu, on a travaillé exactement ce qu'on travaille dans un atelier slam : la comparaison, la métaphore, l'économie de mots, le placement du souffle, l'adresse à quelqu'un. Le battle de compliments a ceci de pratique qu'il donne un destinataire clair. Écrire « pour » quelqu'un est infiniment plus facile qu'écrire « sur » un thème, surtout quand on n'a jamais écrit.

Ce que les participants ont travaillé

L'atelier permet de travailler la prise de parole devant un groupe, l'écoute — car pour complimenter précisément, il faut avoir regardé l'autre — et la capacité à formuler une idée en peu de mots. Les participants ont aussi été amenés à supporter le regard du groupe dans un cadre où ce regard est bienveillant par construction. Pour des jeunes qui se croisent sans se connaître, c'est un raccourci : à la fin de la première séance, ils ne se parlaient plus de la même façon.

Un micro tenu à bout de bras avant une prise de parole sur scène
Ce qui se joue en atelier ne compte vraiment qu’une fois le micro pris.

Le moment marquant

Un garçon arrivé à la deuxième heure de la première séance, resté debout près de la porte, n'a rien écrit pendant quarante minutes. Je ne l'ai pas poussé. Au moment de la mise en voix, il a demandé s'il pouvait « juste essayer un truc » — et il a sorti quatre lignes qu'il avait manifestement tenues dans sa tête tout ce temps. Elles étaient meilleures que beaucoup de textes couchés sur le papier. Sur scène, à la Fête de l'avenir, c'est lui qui a déclenché la plus grosse réaction du public.

Ce que ce projet a permis d’explorer

Ce projet a montré qu'un groupe instable n'est pas un obstacle si le format est assez rapide à comprendre et assez gratifiant pour donner envie de rester. En huit heures, une douzaine de jeunes sont passés d'un cercle de gens qui s'observent à une équipe capable de tenir une scène. Si vous accompagnez un public jeune en structure et que vous cherchez un projet qui produise vite du concret, le cadre se construit avec vous.

Vous souhaitez imaginer un projet similaire ?

Esope conçoit des ateliers de slam, d'écriture, de poésie, de rap et d'éloquence adaptés aux publics, aux objectifs et au contexte de chaque structure.

Les autres projets

Le parcours

Esope

Depuis l'adolescence, j'ai voulu construire des projets en lien avec le slam et le rap. Je ne savais pas quoi ni comment, mais je voulais faire des choses. Faire des choses non seulement pour alimenter et partager ma passion, mais également pour grandir et vivre avec elle.

Au cours de mon parcours, j'ai saisi toutes les opportunités qui s'offraient à moi. J'ai écumé les scènes slam, enregistré des chansons de rap, publié un recueil, organisé des visites en poésie de lieux culturels et même défendu ma verve au Rap Contenders.

Aujourd'hui, je trouve beaucoup de plaisir à faire des conférences, des ateliers slam ou des formations d'éloquence. J'essaye toujours de partager ce que je sais en étant le plus créatif et pertinent possible. À travers l'enseignement, j'ai aussi trouvé une façon de continuellement apprendre.

Transmettre est un mot qui pourrait définir la vision de mon métier. Via des ateliers slam ou des performances artistiques, c'est exactement ça que je fais : transmettre.

Prix et distinctions

Générer de l'ambition

Très souvent, mes ateliers se déroulent dans une classe qui n'a jamais pratiqué l'écriture poétique. Pour beaucoup, réussir à écrire un texte de slam n'est même pas envisageable. L'ambition est une construction sociale, elle est liée à notre culture. La bonne nouvelle, c'est que si c'est culturel, c'est quelque chose qu'on peut apprendre, former et construire.

Le manifeste

Créer un espace bienveillant qui permet aux jeunes de s'exprimer en toute liberté.

  1. Atelier non conventionnel Bien que la forme soit scolaire, mon attitude est celle d'un intervenant extérieur.
  2. Pratiquer pour comprendre L'élève devient auteur et orateur, mais aussi spectateur attentif des autres créations.
  3. Plus aucune hiérarchie Les cartes sont redistribuées pour que la pression scolaire ne freine pas l'écriture.
  4. Célébrer le courage Pas d'applaudissements, pas d'art. L'élève doit être conscient de la mission accomplie.