Préparer le grand oral avec le pass Culture et un atelier d’éloquence
Vingt minutes face au jury, dont dix à parler seul, debout : le grand oral se joue autant sur la façon de dire que sur ce qu'on sait. Or la plupart des élèves n'ont jamais appris à prendre la parole. Bonne nouvelle : un atelier d'éloquence mené par un artiste peut être financé par la part collective du pass Culture. Voici ce qui change pour la session 2027, ce que l'atelier travaille, et comment monter le projet.
Auteur : Esope · Intervenant slam : Esope
Pour beaucoup de lycéens, le grand oral est l'épreuve la plus intimidante du bac. Ils connaissent leur sujet, ils ont préparé leurs questions avec leurs professeurs — et pourtant, le jour venu, la voix tremble, le regard fuit, les phrases se récitent. Le contenu se travaille en cours de spécialité. La façon de le porter devant un jury, presque jamais.
Je suis champion de France de slam, j'anime des ateliers d'éloquence en lycée, et mes interventions sont éligibles au pass Culture, via ADAGE. Voici comment les deux se rejoignent : ce que l'épreuve demande vraiment, ce qu'un atelier y apporte, et comment le financer sans toucher au budget de l'établissement.
Le grand oral en 2027 : ce qui change
Une nouvelle note de service, parue au Bulletin officiel à la rentrée 2026, fixe l'épreuve à partir de la session 2027 — celle des élèves de terminale de cette année.
- Vingt minutes de préparation, vingt minutes d'épreuve.
- Deux questions préparées pendant l'année, en lien avec les enseignements de spécialité : le jury en choisit une.
- Dix minutes de présentation, debout sauf aménagement. Le support réalisé pendant la préparation sert d'appui : il n'est pas noté, et l'exposé ne se lit pas.
- Dix minutes d'échange avec le jury, qui peut élargir ses questions au programme des spécialités, en lien avec la présentation.
- Plus de partie consacrée au projet d'orientation : l'épreuve passe de trois temps à deux.
- Un coefficient de 8 en voie générale et de 12 en voie technologique, contre 10 et 14 jusqu'à la session 2026.
Le coefficient baisse, mais l'exigence orale monte : dix minutes de parole en continu, c'est deux fois l'ancien exposé de cinq minutes. Tenir dix minutes debout, sans lire, en regardant son jury, ne s'improvise pas. Les modalités détaillées, notamment pour la voie technologique, sont dans les notes de service citées en fin d'article : vérifiez toujours le texte de la session en cours.
Ce que le jury évalue
La grille indicative publiée jusqu'ici s'articule autour de cinq critères, que le jury peut adapter. En face de chacun, voici ce qu'un atelier d'éloquence travaille :
| Critère | Ce qu’on attend | Ce que l’atelier travaille |
|---|---|---|
| Qualité orale | Une voix qui porte, un débit maîtrisé, un regard, une posture | L’ancrage, le souffle, le regard, la place du silence |
| Prise de parole en continu | Tenir sans lire, enchaîner, repartir après un blanc | Des passages chronométrés, et la reprise après une hésitation |
| Qualité des connaissances | Maîtriser son sujet | Le travail des professeurs de spécialité : l’atelier le rend audible |
| Qualité de l’interaction | Écouter, comprendre la question, y répondre | Les échanges après chaque passage, la contradiction anticipée |
| Argumentation | Construire, hiérarchiser, convaincre | La construction d’un argumentaire : le fond avant la forme |
Quatre critères sur cinq portent sur la façon de dire. Le cinquième, les connaissances, reste le terrain des professeurs : l'atelier ne remplace pas le cours, il donne aux élèves les moyens de faire entendre ce qu'ils savent.
Pourquoi un atelier d’éloquence, et pas seulement des oraux blancs
L'oral blanc évalue : l'élève passe une fois, reçoit une note et quelques conseils. L'atelier entraîne : chacun passe plusieurs fois, se trompe sans enjeu, recommence. C'est la répétition qui installe les réflexes.
- On nomme le trac dès la première heure. Mettre des mots dessus le fait reculer ; le garder pour soi le laisse s'installer.
- Le fond avant la forme. On structure une pensée, on hiérarchise ses arguments, on anticipe la contradiction — puis seulement on travaille la voix.
- Le corps et le souffle. Ancrage, posture, respiration, regard. Où respirer, où couper, où ne rien dire du tout : le silence est un argument.
- Des passages courts et chronométrés, en binôme puis devant le groupe, filmés sur demande : se voir fait plus avancer qu'un long conseil.
- Un regard extérieur. Un artiste de scène voit ce que l'élève et son professeur ne voient plus, et il n'a pas de note à mettre : on ose davantage devant lui.
Le pass Culture peut le financer
La part collective du pass Culture est le crédit d'éducation artistique et culturelle des établissements, de la 6e à la terminale, CAP compris. Depuis le décret du 10 décembre 2025, elle est exclusivement dédiée à des activités d'éducation artistique et culturelle menées en groupe et encadrées par les professeurs, et elle ne passe que par la plateforme ADAGE.
Le même décret a supprimé le calcul de la dotation par élève et par niveau, et le budget national de la part collective est de 61,8 millions d'euros en 2026, contre 72 millions en 2025. Concrètement : consultez l'enveloppe de votre établissement dans ADAGE, et réservez tôt, car les crédits partent vite.
Un atelier d'éloquence mené par un artiste entre dans ce cadre : les élèves rencontrent un artiste, pratiquent l'art de la parole, et le parcours se termine par une restitution. Mon conseil : présentez-le comme un projet d'éducation artistique et culturelle dont le grand oral est l'horizon, pas comme du soutien scolaire. C'est ce qu'il est, et c'est ce que le dispositif finance.
Monter le projet, étape par étape
- Fixer l'échéance et le groupe. Quelle classe, combien d'élèves — une classe entière jusqu'à trente, ou un demi-groupe pour multiplier les passages — et combien de semaines avant l'épreuve.
- Me contacter. On cale ensemble le volume, les dates et l'objectif. L'offre est disponible sur ADAGE quelques heures après notre échange.
- La réserver sur ADAGE avec le crédit de l'établissement, en lien avec votre référent culture et votre direction.
- Prévoir la restitution dès le départ : un grand oral blanc devant un jury d'adultes de l'établissement, de parents ou de partenaires. Ce n'est pas obligatoire, mais ça change tout : l'enjeu devient réel.
Je suis agréé par l'Éducation nationale et je me déplace partout en France. Pour avoir un ordre de grandeur avant de lancer la démarche, le simulateur de devis chiffre votre projet en quelques questions.
Combien d’heures, et quand ?
- Deux heures : une initiation. On fait tomber les barrières, on apprivoise le stress, et tout le monde passe.
- Six heures : le parcours type, de la découverte à une prise de parole tenue. Il peut se donner d'un seul tenant — la journée complète est souvent le format le plus efficace quand l'échéance approche.
- Dix à vingt heures : un parcours étalé sur l'année, avec le temps de reprendre plusieurs fois son propos et une restitution devant un jury extérieur.
Pour le calendrier, mon conseil : commencer dès que les élèves ont leurs questions, et garder une séance de renfort quelques semaines avant l'épreuve. Et rien n'empêche de démarrer en première : l'éloquence ne dépend pas des questions du grand oral, et un an d'avance laisse le temps de progresser.
Sur le terrain, en lycée
- Au lycée Bertran de Born, à Périgueux, une classe a suivi six heures d'atelier d'un seul tenant, de l'initiation jusqu'à la déclamation, avec un concours d'éloquence et le bac en ligne de mire.
- Au lycée Kastler, à Talence, deux heures de masterclass avec vingt-neuf élèves de seconde : des conseils concrets venus de la scène, testés sur place par des volontaires.
- Au lycée Jeanne-d'Arc, à Saint-Médard-de-Guizières, deux heures avec des secondes dont les textes étaient déjà écrits : le travail n'était pas d'écrire mais de dire, et tout le monde est passé.
Trois exercices à lancer en classe dès maintenant
Les dix minutes sans lire. Chaque élève présente une de ses questions, debout, chronométré, avec une fiche qui ne porte qu'un mot clé par minute. Un camarade note le moment où il décroche du regard ou se met à réciter. Dix minutes, c'est long : mieux vaut le découvrir en classe que devant le jury.
La question qui déstabilise. En binôme, l'un expose deux minutes, l'autre pose une question qui sort du plan prévu. Consigne : prendre trois secondes de silence avant de répondre. On apprend que le silence n'est pas un trou, mais une respiration — et que le jury l'entend comme de la réflexion.
L'argument en trois temps. Une idée, défendue en trente secondes : je l'affirme, je la justifie, je l'illustre par un exemple. Puis on recommence avec une autre idée. C'est la brique de base de toute argumentation, et elle se travaille comme une gamme.
Pour le trac, les conseils détaillés sont dans gérer le trac avant de parler en public.
Organiser un atelier pour vos élèves
Vous préparez vos terminales — ou vos premières — au grand oral ? Décrivez-moi votre classe et votre calendrier via le formulaire de contact, ou chiffrez directement votre projet dans le simulateur de devis. Le détail du format est sur la page atelier éloquence, et tout le fonctionnement d'un parcours dans le guide complet des ateliers d'éloquence.