Initiation à l’éloquence avec des secondes, à Saint-Médard-de-Guizières
Deux heures, une classe de seconde, et des textes déjà écrits. Le travail n'était donc pas d'écrire, mais de dire : faire tomber les barrières, apprivoiser le stress, comprendre ce que le public perçoit de nous avant même la première phrase. Et faire passer tout le monde.
Auteur : Esope · Intervenants slam : Esope
Deux heures d'atelier éloquence avec une classe de seconde du lycée Jeanne-d'Arc, à Saint-Médard-de-Guizières. Particularité de la séance : les élèves arrivaient avec leur texte déjà écrit. Tout le temps de l'atelier pouvait donc aller à ce qui reste souvent au second plan : la manière de le dire.
Le contexte : un texte prêt, une voix à trouver
L'objectif était clair et en trois temps : débrider tout le monde, parler franchement de la gestion du stress, et travailler la valeur perçue, c'est-à-dire ce que le public pense de nous avant même qu'on ait ouvert la bouche. Avec une règle de fond : à la fin des deux heures, chaque élève devait être passé à l'oral.
Débrider d’abord
On ne demande pas à une classe de seconde de déclamer à froid. La première partie de l'atelier, ce sont des jeux à l'oral, courts, rapides, souvent absurdes : parler une minute d'un objet tiré au sort, défendre une cause perdue, enchaîner les phrases sans hésiter. On s'y trompe, on rit, et surtout on entend sa propre voix dans la salle sans que ça compte. C'est ce qui rend possible la suite.
Le stress, en parler pour le dompter
Le trac a eu sa place à part entière. On l'a nommé, décrit, partagé : le cœur qui accélère, les mains qui ne savent plus où se mettre, la voix qui monte. Le dire à voix haute, devant les autres, lui retire déjà une bonne partie de sa force. Puis viennent les outils concrets : allonger l'expiration avant de commencer, ancrer les pieds dans le sol, connaître sa première phrase par cœur pour que le démarrage ne dépende pas de l'humeur du moment.
La valeur perçue : on vous juge avant votre première phrase
C'est la notion qui a le plus surpris. Avant d'entendre un seul mot, le public a déjà une impression : la façon d'entrer, de se placer, de regarder la salle. Quelques réflexes changent tout. Prendre deux secondes de silence avant de parler, le temps que la salle se pose. Regarder plusieurs personnes plutôt que le sol ou le plafond. Ne jamais s'excuser d'être là, ni annoncer qu'on est stressé. Et à la fin, finir sa phrase et rester un instant avant de partir, au lieu de filer dès le dernier mot.
Le moment marquant
Deux ou trois élèves avaient porté l'atelier depuis le début : très impliqués, drôles, toujours volontaires, ils parlaient énormément et donnaient de l'énergie à toute la classe. Puis est venu le moment de dire leur texte, dans le cadre de l'éloquence. Et là, tout s'est éteint : la voix est devenue monocorde, le regard s'est collé à la feuille, l'enthousiasme a disparu.
C'est un phénomène fréquent : dès que la parole devient « officielle », on abandonne sa façon naturelle de parler pour une voix de récitation. On a donc travaillé à faire revenir la première dans la seconde. Raconter son texte à un camarade avant de le dire, avec ses propres mots. Le reprendre en s'adressant à quelqu'un plutôt qu'à la salle. Garder l'énergie qu'ils avaient dans les jeux, simplement mise au service du texte. À la fin, leur passage ressemblait enfin à eux.
Ce que ce projet a permis d’explorer
Une initiation courte peut changer la façon dont une classe aborde l'oral, à condition de faire passer tout le monde et de parler franchement du stress. Pour préparer vos élèves à une échéance, un oral, un concours, le grand oral, découvrez l'atelier éloquence ou les interventions en établissement scolaire.