Remobiliser par l’écriture : missions locales, PJJ, CFA, AFPA

Dans une mission locale, une unité éducative, un CFA ou un centre de formation, le groupe n'a pas choisi d'être là, l'assiduité n'est pas acquise et le temps disponible se compte en heures. Ce sont trois contraintes que l'atelier d'écriture encaisse mieux que la plupart des activités. Voici comment, et ce qu'il faut prévoir.

Auteur : Esope · Intervenant slam : Esope

Un atelier en structure d'insertion ne ressemble pas à un atelier en classe. Le groupe n'est pas captif, il se renouvelle, et la plupart de ses membres ont derrière eux une expérience scolaire qui s'est mal terminée. Proposer « un atelier d'écriture » à ce public-là, c'est souvent proposer exactement ce dont il s'est éloigné.

C'est pourtant l'un des cadres où ces ateliers produisent le plus. J'en ai mené avec le SPIP de Bordeaux dans un café, à l'UEAJ avec quatre jeunes, à la mission locale de Chartres, à la Maison des adolescents de Bordeaux avec un groupe renouvelé à chaque séance, au CFA de Mallemort et à l'AFPA de Guéret. Ce guide dit ce que ces contextes changent.

Les trois contraintes, et ce qu’on en fait

Le groupe n'a pas choisi. Il est inscrit, orienté, parfois placé. L'adhésion ne se décrète pas et ne s'obtient pas en expliquant l'intérêt de l'activité. Elle s'obtient en montrant : je passe en premier, un texte, debout, sans introduction. Ce qui se joue dans les dix premières minutes n'est pas la consigne, c'est de savoir qui parle. Avec ce public, c'est la seule entrée qui fonctionne à tous les coups.

L'effectif bouge. À la Maison des adolescents, le groupe était différent à chaque séance. C'est le cas courant dans les structures à entrée permanente. La conséquence est structurelle : chaque séance doit se suffire à elle-même. Un parcours qui suppose la présence de la semaine précédente exclut la moitié du groupe. Mieux vaut quatre séances autonomes qu'un parcours de quatre séances.

Le temps est court. Deux heures, trois heures. C'est assez : en deux heures, chacun écrit un texte et le dit. Ce n'est pas un format au rabais, c'est un format complet — la partie qu'on perd est la réécriture, pas le passage.

Pourquoi l’écriture plutôt qu’autre chose

  • Rien à savoir d'avance. Pas de prérequis, pas de niveau, pas de matériel. Celui qui est sorti du système scolaire en quatrième n'est pas en retard sur les autres.
  • Le rapport à l'écrit se renverse. On n'évalue pas, on ne corrige pas, on ne note pas. Pour quelqu'un dont tous les souvenirs d'écriture sont des souvenirs de correction, c'est le point de bascule.
  • Le rap ouvre une porte que le slam n'ouvre pas. Beaucoup de ces jeunes en écoutent, certains en écrivent déjà. Entrer par le rap, c'est entrer par ce qu'ils connaissent — et le travail d'écriture est le même.
  • Il y a un résultat, et il est à eux. Un texte dit devant le groupe, un enregistrement, un clip : quelque chose existe à la fin qui n'existait pas au début, et qui leur appartient.

La production comme levier

C'est la différence la plus nette avec le cadre scolaire. En insertion, la perspective d'un enregistrement ou d'un clip n'est pas un supplément : c'est souvent ce qui fait venir le groupe et ce qui le fait revenir. Au CFA de Mallemort, une quinzaine d'apprentis du bâtiment ont écrit, enregistré en studio et tourné leur clip en cinq jours. À l'AFPA de Guéret, le rendu était filmé.

Deux choses à savoir avant de le promettre. Le volume d'abord : aller jusqu'au clip demande une semaine, pas une après-midi — en dessous, il faut choisir entre un titre enregistré et un clip. Le budget ensuite : l'enregistrement avec mixage se situe entre 250 et 500 €, le clip démarre à partir de 300 €, et ces montants se comptent par groupe. Le studio se déplace dans la structure, ce qui évite d'avoir à organiser une sortie.

Hors les murs

L'atelier n'a pas besoin d'une salle de classe, et c'est un atout qu'on sous-estime. Avec le SPIP de Bordeaux, l'initiation s'est tenue dans un café. Pour un public qui associe la salle, les rangées et le tableau à un échec, sortir du lieu institutionnel fait une partie du travail avant la première consigne. Une table, des feuilles, des stylos : c'est tout ce que l'atelier demande.

Combien ça coûte

60 à 90 € de l'heure d'animation, le plancher de 60 € correspondant au tarif de référence employé par les DRAC pour les interventions artistiques en milieu scolaire. La préparation du projet va de 0 à 100 €, l'animation d'une restitution de 60 à 100 €, et les déplacements se chiffrent à part. Si le projet va jusqu'à la production, comptez 250 à 500 € pour un enregistrement avec mixage et à partir de 300 € pour un clip, par groupe.

Et concrètement ? Le tarif d'un atelier se situe entre 60 et 90 € de l'heure suivant la structure qui l'organise, et je me déplace partout en France. Pour connaître mes tarifs, c'est dans le simulateur de devis : il chiffre votre projet en quelques questions, et le devis officiel s'établit ensuite après un échange.

Faire venir un intervenant

Esope intervient depuis 2016 en collège, en lycée, en école, en structure jeunesse et en établissement médico-social. Champion de France de slam, agréé par l’Éducation nationale.

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