Atelier rap à l’UEAJ de Bordeaux : écrire son passé, écrire son avenir

Un petit groupe, deux heures, et une consigne en deux temps : d'où tu viens, où tu vas. À l'UEAJ de Bordeaux, plusieurs participants écrivaient déjà du rap sans le dire.

Auteur : Esope · Intervenants slam : Esope

Un jeune en casquette pose sa voix au micro pendant un atelier rap
En atelier rap, le passage au micro arrive vite : c’est là que le texte se vérifie.

L'UEAJ de Bordeaux m'a proposé un atelier rap de deux heures avec un petit groupe : quatre à cinq jeunes. Un effectif réduit change la nature de la séance — on ne gère plus un groupe, on travaille texte par texte. La consigne tenait en deux temps : écrire sur son passé, puis sur son avenir.

Le contexte : un format qu’ils n’attendaient pas

Le rap n'est pas une activité neutre pour ce public. C'est une musique qu'ils écoutent, dont ils connaissent les codes mieux que moi sur certains points, et qu'ils n'ont pas l'habitude de voir proposée dans un cadre encadré. Le simple fait que l'atelier s'appelle « rap » et non « écriture » a suffi à installer une attente positive dès l'entrée.

Très vite, j'ai repéré les habitués. Il y en a presque toujours : des jeunes qui écrivent déjà chez eux, seuls, et qui ne l'annoncent pas — parce qu'écrire est un truc qu'on garde, et parce que dire qu'on rappe, c'est prendre le risque qu'on vous demande d'en faire la preuve. Ils se trahissent par des détails : le vocabulaire technique, la vitesse d'écriture, la façon de compter les syllabes sur les doigts.

Un participant écrit son texte de rap dans un carnet pendant l’atelier

Le déroulement de l’atelier

En deux heures et à cinq, on peut se permettre d'aller droit au texte. Après un temps d'échange sur ce qu'ils écoutent — qui n'est pas de la politesse, c'est là que je choisis mes exemples — on a attaqué la première moitié de la consigne.

  • Le passé. Non pas « raconte ta vie », mais « choisis un lieu où tu as passé du temps et décris-le sans dire ce que tu y ressentais ». L'émotion passe mieux par le décor que par l'adjectif.
  • L'avenir. Même règle : un lieu, une scène, un détail concret. Le piège de cette moitié est la déclaration d'intention. On la coupe systématiquement.
  • Le placement. On pose les textes sur une instrumentale simple pour trouver où tombent les accents. C'est ce que les habitués attendaient depuis le début.

Les techniques travaillées

Le rap est exigeant sur des points que le slam laisse plus libres : le nombre de syllabes, la place de la rime, la tenue du flow sur une mesure. On a travaillé les rimes multiples, l'enjambement, et surtout la réécriture au service du placement — accepter de changer un mot juste parce qu'il tombe mal. Pour ceux qui écrivaient déjà, c'était souvent la première fois qu'on leur donnait le vocabulaire de ce qu'ils faisaient d'instinct.

Ce que les participants ont travaillé

Cet atelier offre un espace pour mettre des mots sur un parcours personnel sans avoir à l'expliquer, ce qui n'est pas rien pour un public habitué à être interrogé sur son histoire. Les participants ont été amenés à structurer un propos, à assumer une production devant un petit groupe, et à découvrir que leur pratique solitaire avait une technique — donc pouvait progresser. Le groupe est reparti plus léger qu'il n'était arrivé.

Un carnet ouvert portant la phrase : la poésie c’est aussi une façon de se battre
La phrase que je laisse au tableau quand un groupe se demande ce qu’il fait là.

Le moment marquant

Un participant qui n'avait rien dit de la première heure a demandé, au moment de poser les textes sur l'instrumentale, s'il pouvait « en faire un autre à la place ». Il avait écrit le sien en entier, mentalement, pendant qu'on travaillait. Quand il l'a posé, les autres se sont regardés : ils ne savaient pas. Lui non plus ne savait pas qu'ils écrivaient.

Ce que cet atelier a permis d’explorer

Proposer le rap dans un cadre éducatif, c'est reconnaître une pratique que les jeunes ont déjà et lui donner un espace légitime. En deux heures, ça suffit à changer le statut de ceux qui écrivaient en cachette. Si vous accompagnez un petit groupe et cherchez une activité qui parle immédiatement, on peut caler un format court.

Vous souhaitez imaginer un projet similaire ?

Esope conçoit des ateliers de slam, d'écriture, de poésie, de rap et d'éloquence adaptés aux publics, aux objectifs et au contexte de chaque structure.

Les autres projets

Le parcours

Esope

Depuis l'adolescence, j'ai voulu construire des projets en lien avec le slam et le rap. Je ne savais pas quoi ni comment, mais je voulais faire des choses. Faire des choses non seulement pour alimenter et partager ma passion, mais également pour grandir et vivre avec elle.

Au cours de mon parcours, j'ai saisi toutes les opportunités qui s'offraient à moi. J'ai écumé les scènes slam, enregistré des chansons de rap, publié un recueil, organisé des visites en poésie de lieux culturels et même défendu ma verve au Rap Contenders.

Aujourd'hui, je trouve beaucoup de plaisir à faire des conférences, des ateliers slam ou des formations d'éloquence. J'essaye toujours de partager ce que je sais en étant le plus créatif et pertinent possible. À travers l'enseignement, j'ai aussi trouvé une façon de continuellement apprendre.

Transmettre est un mot qui pourrait définir la vision de mon métier. Via des ateliers slam ou des performances artistiques, c'est exactement ça que je fais : transmettre.

Prix et distinctions

Générer de l'ambition

Très souvent, mes ateliers se déroulent dans une classe qui n'a jamais pratiqué l'écriture poétique. Pour beaucoup, réussir à écrire un texte de slam n'est même pas envisageable. L'ambition est une construction sociale, elle est liée à notre culture. La bonne nouvelle, c'est que si c'est culturel, c'est quelque chose qu'on peut apprendre, former et construire.

Le manifeste

Créer un espace bienveillant qui permet aux jeunes de s'exprimer en toute liberté.

  1. Atelier non conventionnel Bien que la forme soit scolaire, mon attitude est celle d'un intervenant extérieur.
  2. Pratiquer pour comprendre L'élève devient auteur et orateur, mais aussi spectateur attentif des autres créations.
  3. Plus aucune hiérarchie Les cartes sont redistribuées pour que la pression scolaire ne freine pas l'écriture.
  4. Célébrer le courage Pas d'applaudissements, pas d'art. L'élève doit être conscient de la mission accomplie.