Deux heures d’écriture slam dans un café de Bordeaux, avec le SPIP

Cinq ou six participants, un café bordelais, deux heures. Pas de salle, pas de tables en rangs : un atelier d'écriture qui se tient là où les gens vont déjà.

Auteur : Esope · Intervenants slam : Esope

Illustration au trait d’un mur peint portant la phrase « la poésie c’est aussi une façon de changer le monde »
Un atelier hors les murs : le lieu dit déjà au groupe ce qu’on attend de lui.

Deux heures d'atelier d'écriture slam avec le SPIP de Bordeaux — le service pénitentiaire d'insertion et de probation — dans un café de la ville, avec un groupe de cinq à six participants.

Un atelier dans un café

Le lieu n'est pas un détail. Un atelier d'écriture dans un café ne ressemble pas à un atelier d'écriture en salle de réunion : il n'y a pas de bureau au fond, pas de disposition qui rappelle la classe, et la tasse posée devant soi occupe les mains pendant qu'on cherche.

L'objectif de ces deux heures tenait en un mot : donner envie. Envie d'écrire, envie d'écrire en rimes, et envie d'écrire sur ce que chacun connaît le mieux — son parcours.

Illustration au trait de deux mains écrivant au stylo dans un carnet posé sur une table

Écrire vite, puis écrire bien

La méthode tient en deux temps, et l'ordre compte. D'abord les tableaux, ceux que j'emploie partout, pour débloquer l'écriture. Puis un exercice d'écriture rapide : un chronomètre, aucune contrainte de style, aucune exigence de beauté. On écrit ce qui vient, vite, sans se relire.

Ce premier jet n'a aucune vocation littéraire : c'est de la matière. On ne cherche pas une phrase réussie, on cherche de quoi travailler. Le basculement vers l'artistique vient après — on met en rimes, on retaille, on déplace, on coupe. Et ce qui était un paquet de notes devient un texte.

C'est l'inverse exact de ce que la page blanche impose. Au lieu de chercher la bonne phrase du premier coup, on en produit vingt mauvaises et on les retravaille : personne n'a jamais bloqué sur une phrase qu'il avait le droit de rater. Le détail de cette manière d'écrire un slam est expliqué ailleurs sur le site.

Illustration au trait d’un petit groupe d’adultes assis autour d’une table, carnets ouverts
Cinq ou six autour de la même table : chacun a le temps d’être entendu.

Le moment marquant

Un participant a pris goût à l'exercice par la rime. Ça arrive souvent : la rime est une contrainte, et les contraintes rassurent — elles donnent quelque chose à faire quand on ne sait pas par où commencer. Je lui ai donc proposé d'aller au bout de cette piste et d'écrire un texte en travaillant la forme plutôt que le fond.

Il n'a pas voulu lâcher le fond. Il a tenu à garder ce qu'il avait à dire et à soigner la forme — et c'est précisément ce qui a produit le texte le plus fort de la séance : un texte qui tenait à l'oreille et au cœur en même temps.

Je retiens cet épisode parce qu'il corrige quelque chose que je dis souvent en atelier. Séparer la forme et le fond est une commodité pédagogique, bien utile pour faire travailler un point précis. Ce n'est pas une vérité sur l'écriture, et il a eu raison de ne pas me croire.

Ce que ce projet a permis d’explorer

Deux heures avec un petit groupe d'adultes, c'est un format d'ouverture : on n'en repart pas avec un texte abouti, on en repart en sachant qu'on peut en écrire un. Si vous accompagnez un public adulte, parlons du format qui lui convient.

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