Monter un atelier d’écriture en bibliothèque ou en médiathèque
Une bibliothèque qui programme un atelier d'écriture affronte une inconnue qu'aucun établissement scolaire ne connaît : on ne sait ni qui vient, ni combien, ni quel âge ils auront. C'est la principale raison pour laquelle ces structures hésitent. C'est aussi, une fois le format adapté, ce qui rend ces séances intéressantes.
Auteur : Esope · Intervenant slam : Esope
La lecture publique programme beaucoup de rencontres et d'heures du conte, et assez peu d'ateliers où le public écrit lui-même puis dit son texte à voix haute. La raison tient rarement à l'envie : elle tient au fait qu'on ne sait pas à l'avance qui franchira la porte, et qu'un atelier annoncé pour quinze personnes peut en réunir quatre ou vingt-cinq.
C'est une contrainte réelle, et elle se traite. J'ai mené ces séances à la bibliothèque Pauline Duchesne de Ludon-Médoc en accès libre, à la bibliothèque du Grand Parc à Bordeaux avec un groupe allophone, et au CAPC avec le centre social du même quartier. Voici ce que ces trois formats ont appris.
L’accès libre, et son inconnue
À Ludon-Médoc, l'atelier était annoncé en accès libre, trois heures, à partir de dix ans. Personne ne savait qui viendrait. Une quinzaine de textes ont été écrits dans la matinée.
Ce que ce format demande :
- Une consigne qui marche à quatre comme à vingt. Une amorce à compléter tient dans les deux cas. Un dispositif en sous-groupes s'écroule si trois personnes se présentent.
- Une porte ouverte en continu. En accès libre, les gens arrivent en retard et repartent avant la fin. L'atelier doit encaisser les entrées et les sorties sans que le groupe perde le fil — donc pas de progression qui suppose d'avoir été là depuis le début.
- Un passage qui n'est pas obligatoire mais qui est proposé à chacun. Dans une salle de classe, le groupe se connaît. Ici, non : la pression du passage est plus forte, et la liberté de ne pas passer doit être annoncée dès le début — ce qui, en pratique, fait passer plus de monde.
Les âges mélangés, qui sont un atout
C'est la particularité la plus franche de la lecture publique, et la plus mal exploitée. Un atelier ouvert à partir de dix ans réunit des enfants, des adolescents et des adultes dans la même salle. On le vit souvent comme une difficulté de conduite ; c'est en réalité la configuration la plus favorable à l'écriture courte.
Un enfant de dix ans écrit sans se demander si c'est bien écrit. Un adulte se le demande pendant toute la première demi-heure. Quand les deux sont dans la même salle et entendent les textes de l'autre, l'adulte se débloque plus vite — et l'enfant découvre qu'on peut écrire sur autre chose que ce qu'on lui demande d'habitude. Il n'y a rien à différencier : la même consigne produit des textes très différents, et c'est précisément ce qu'on veut entendre au moment du passage.
Le partenariat, qui règle le problème du public
La façon la plus sûre de remplir un atelier en bibliothèque est de ne pas compter uniquement sur l'annonce. Un centre social, une association de quartier, un collège voisin, un dispositif d'accompagnement : le partenaire amène un groupe constitué, et l'accès libre complète.
C'est ce que nous avons fait au Grand Parc, à Bordeaux, de deux façons différentes : un atelier avec un groupe allophone à la bibliothèque, et trois séances avec huit jeunes du quartier entre le CAPC et le centre social. Dans les deux cas, la structure partenaire connaissait le groupe, et la bibliothèque offrait ce qu'elle a de plus précieux pour ce type de public : un lieu qui n'est ni l'école ni la structure d'accompagnement. Un terrain neutre, où personne n'est évalué et où personne n'est suivi.
Ce qu’il faut prévoir, matériellement
- Une salle où l'on peut parler. C'est le seul vrai prérequis, et il n'est pas toujours évident en bibliothèque. Le passage se fait à voix haute.
- Des feuilles et des stylos. Rien d'autre. Ni sonorisation, ni matériel, ni préparation du public.
- Pouvoir déplacer les chaises est agréable — on ne s'écoute pas de la même façon en rangées et en cercle — mais ce n'est pas obligatoire.
- Un agent de la structure présent du début à la fin, surtout en accès libre avec des mineurs non accompagnés par un adulte.
Combien ça coûte
60 à 90 € de l'heure d'animation, le plancher de 60 € correspondant au tarif de référence employé par les DRAC pour les interventions artistiques. L'effectif ne change pas le prix : c'est ce qui rend l'accès libre finançable, puisque le budget est connu avant de savoir combien de personnes viendront. S'ajoutent la préparation du projet, de 0 à 100 €, l'animation d'une scène ouverte si elle prolonge l'atelier, de 60 à 100 €, et les déplacements, chiffrés à part.
Et concrètement ? Le tarif d'un atelier se situe entre 60 et 90 € de l'heure suivant la structure qui l'organise, et je me déplace partout en France. Pour connaître mes tarifs, c'est dans le simulateur de devis : il chiffre votre projet en quelques questions, et le devis officiel s'établit ensuite après un échange.