Les règles du slam et le déroulé d’une scène ouverte
Trois minutes, pas de musique, texte de soi. Les règles du slam tiennent en trois lignes, mais le déroulé d'une soirée et la façon dont le public note méritent d'être expliqués — surtout avant d'y aller pour la première fois.
Auteur : Esope · Intervenant slam : Esope
Les règles du slam ont été fixées à Chicago dans les années 1980 et se sont transmises presque intactes. Elles ne sont écrites nulle part de façon officielle : chaque scène les adapte. Mais le socle est partout le même, et c'est lui qui fait qu'un slameur peut monter sur n'importe quelle scène du pays sans rien demander.
Les quatre règles du socle
- Le texte est de soi. On ne dit pas le texte d’un autre. C’est la règle la plus stricte et la seule dont l’infraction fait vraiment scandale.
- Pas de musique, pas d’accessoire, pas de costume. Rien entre le texte et le public. Un fond sonore ou un objet en main sort du cadre.
- Trois minutes. La durée de référence. Certaines scènes tolèrent un dépassement, d’autres pénalisent, d’autres coupent.
- Tout le monde peut monter. Pas de sélection, pas d’audition. On s’inscrit, on passe.
À cela s'ajoute une règle non écrite, la plus importante : on applaudit tout le monde. Avant la qualité, on salue le fait d'être monté. C'est cette convention qui rend une scène ouverte praticable pour un débutant.
Le déroulé d’une soirée
Une scène ouverte type suit toujours à peu près le même chemin :
- L’inscription — une feuille à l’entrée, on écrit son nom, souvent une heure avant. L’ordre de passage est généralement tiré au sort.
- Le mot de l’animateur — les règles sont rappelées, l’ambiance est posée. C’est aussi le moment où l’on explique au public ce qu’on attend de lui.
- Le calibrage — un premier passage qui ne compte pas au classement. Il sert à caler les notes des jurés, souvent trop sévères au début de soirée.
- Le premier tour — chacun passe une fois.
- La finale — sur une scène notée, les meilleurs du premier tour repassent avec un second texte.
Beaucoup de scènes ne notent pas du tout. Elles gardent l'inscription libre, les trois minutes et le texte de soi, et se passent du classement. C'est le format que je retiens presque toujours pour les restitutions d'atelier : la compétition n'apporte rien à un groupe qui vient d'écrire son premier texte.
Comment le public note
Sur une scène de compétition, cinq personnes sont tirées au sort dans le public au début de la soirée. Elles notent chaque passage de 0 à 10, généralement avec une décimale. La note la plus haute et la note la plus basse sont retirées, les trois restantes sont additionnées : le score est donc sur 30.
Les jurés ne sont pas des spécialistes et c'est délibéré. Le slam a été inventé contre l'idée qu'il faut être qualifié pour avoir un avis sur un poème. Un juré note ce qu'il a ressenti, pas ce qu'il a analysé — et les slameurs qui durent sont ceux qui l'ont accepté.
Trouver une scène ouverte
Il n'existe pas d'annuaire national fiable et durable des scènes slam : elles naissent, s'arrêtent, changent de lieu. Chercher « scène ouverte slam » suivi du nom de sa ville donne souvent des pages périmées. Trois chemins marchent mieux :
- Les lieux culturels — médiathèques, centres sociaux, cafés associatifs, salles de musiques actuelles. Leur programmation est tenue à jour, ce qui n’est pas le cas des pages de scènes.
- Les collectifs locaux — la plupart des scènes régulières sont portées par une association qui annonce ses dates sur ses propres réseaux.
- Les festivals de poésie et de parole — ils programment presque toujours une scène ouverte, et c’est souvent la porte d’entrée la plus simple.
Pour la Gironde et le Sud-Ouest, le contexte local et les lieux qui programment régulièrement sont décrits dans le slam à Bordeaux.
Y aller pour la première fois
Trois conseils que je donne toujours. Venez d'abord écouter une fois sans passer : vous saurez ce que vous risquez. Apportez votre feuille — lire son texte est parfaitement admis et personne n'y regarde. Et prenez le texte le plus court que vous ayez : une minute tenue vaut mieux que trois minutes subies.