Une classe de primaire au niveau d’une 5e, à l’école Albert-Schweitzer

À l'école Albert-Schweitzer du Grand Parc, à Bordeaux, 25 élèves avaient été si bien nourris de rap et de poésie contemporaine par leur maître que j'ai basculé sur un programme de niveau 5e. En quatre heures, un texte par élève, avec des figures de style qu'ils étudieront bien plus tard.

Auteur : Esope · Intervenants slam : Esope

Illustration au trait d’un élève concentré en train d’écrire à sa table
Vingt-cinq élèves, quatre heures, un texte chacun.

Une classe de 25 élèves à l'école Albert-Schweitzer du Grand Parc, à Bordeaux, et quatre heures seulement pour écrire. Sur le papier, c'est court. Dans les faits, ça a été d'une facilité déconcertante — et pour une raison qui ne tient pas à moi.

Le contexte : un maître qui avait tout préparé sans le savoir

Ces élèves avaient été bercés au rap et à la poésie contemporaine par leur maître de classe, toute l'année. Résultat : ils avaient l'oreille, le vocabulaire et surtout l'idée que ces textes leur appartenaient. Je n'ai pas eu à convaincre qui que ce soit que la poésie pouvait les concerner — le travail était déjà fait.

Un programme relevé en cours de route

J'ai donc changé de dispositif en séance. Sentant le niveau, j'ai opté pour un programme de niveau 5e dans une classe de primaire. C'est une décision qu'on prend en observant les dix premières minutes : si le groupe suit les jeux oraux plus vite que prévu, il n'y a aucune raison de lui servir le contenu calibré pour son âge.

Illustration au trait de mains qui écrivent dans un cahier

Les techniques travaillées

Des figures de style qu'ils étudieront bien plus tard dans leur scolarité : comparaison filée, métaphore, anaphore, allitération. Le rap leur avait déjà fait entendre ces outils sans les nommer ; il suffisait de mettre les mots dessus pour qu'ils s'en emparent. C'est l'avantage d'un support que les élèves écoutent déjà chez eux.

Ce que les élèves ont travaillé

L'écriture d'un texte personnel en quatre heures, ce qui est un rythme soutenu pour cet âge. Mais surtout le plaisir de jouer avec les mots — leur sourire, leur envie de chercher l'image qui claque. En primaire, c'est ce moteur-là qu'il faut protéger : la technique s'apprendra toujours, l'envie beaucoup moins.

Illustration au trait d’un tableau portant les mots « les mots ont le pouvoir de changer le monde »

Le moment marquant

Un texte de slam par élève, d'un très gros niveau littéraire, en quatre heures. Je l'écris sans exagérer : ces textes tiendraient sans rougir dans une classe de collège. C'est la démonstration que le niveau d'une classe dépend d'abord de ce qu'on lui a donné à entendre.

Ce que ce projet a permis d’explorer

Cette classe rappelle qu'un atelier réussit rarement seul : il prolonge ce qu'un enseignant a construit. Si vous préparez un projet d'écriture en primaire, parlons de ce que votre classe a déjà entendu.

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