Écrire un slam en français quand on vient d’arriver, à Coutras

Six mineurs non accompagnés, allophones, huit heures d'atelier slam avec la Croix-Rouge française de Coutras. Certains écrivaient dans leur langue maternelle avant de traduire. Quatre sont montés sur la scène de L'Accordeur devant deux cents personnes.

Auteur : Esope · Intervenants slam : Esope

Illustration au trait d’un petit groupe assis en cercle pendant un atelier d’écriture
Avant d’écrire, faire connaissance — c’est la moitié du travail avec ce public.

Six mineurs non accompagnés, tous allophones, huit heures d'atelier slam en partenariat avec la Croix-Rouge française de Coutras. Un atelier où la langue n'était pas l'outil de départ mais l'objectif d'arrivée.

Le contexte : un atelier humain avant d’être littéraire

Avec ce public, la page blanche n'est pas le premier obstacle : la confiance l'est. Ces jeunes venaient d'arriver, parlaient peu ou pas français, et n'avaient aucune raison a priori de se livrer devant un inconnu. Les deux premières heures n'ont donc produit aucun texte — seulement des jeux à l'oral, pour faire connaissance et installer quelque chose sur quoi s'appuyer ensuite.

Le déroulement des quatre séances

Deux heures par séance, quatre séances. L'écriture n'est venue qu'une fois le groupe soudé. Certains écrivaient directement en français, avec les moyens du bord ; d'autres écrivaient dans leur langue maternelle, puis traduisaient avec la professeure de FLE qui accompagnait le groupe. Les deux voies menaient au même endroit, et aucune n'était traitée comme un pis-aller.

Illustration au trait d’une main qui écrit dans un cahier

Les techniques travaillées

L'idée n'était pas de faire un cours de français déguisé. L'idée était qu'ils passent un bon moment en jouant avec la langue sans trop s'en rendre compte — et que la grammaire, le vocabulaire, la sonorité des mots entrent par le plaisir plutôt que par l'exercice. Le slam s'y prête mieux que beaucoup de formats : il autorise les phrases courtes, les répétitions, les images simples. On peut écrire fort avec peu de mots.

Ce que les participants ont travaillé

Au-delà de la langue, ce qui s'est joué là relève de la prise de parole et de la légitimité à la prendre. Dire un texte devant les autres quand on maîtrise mal la langue demande un courage que peu d'adultes francophones auraient. C'est exactement ce que ce format permet de travailler, et c'est pour ça qu'il fonctionne avec des publics que l'écrit scolaire a souvent découragés.

Illustration au trait d’une silhouette au micro devant un public nombreux

Le moment marquant

Quatre d'entre eux sont montés sur la scène de L'Accordeur pour la restitution, devant deux cents personnes. À notre première rencontre, ça semblait hors de portée — pas par manque d'envie, mais parce que rien dans leur situation ne les préparait à ça. Les voir tenir le micro devant cette salle est le genre de moment qui justifie à lui seul un projet.

Ce que ce projet a permis d’explorer

Ce projet a confirmé que la barrière de la langue se contourne quand l'atelier commence par l'humain. Si vous accompagnez un public allophone ou en situation d'apprentissage du français, en structure jeunesse ou en association, parlons du format qui conviendrait.

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