Trois heures de slam avec dix adolescents, à la Maison des familles des Mureaux

Dix adolescents, trois heures, et un groupe qui attend de voir. Le slam demande deux gestes très scolaires — écrire, puis dire devant les autres — par un média qui, lui, ne l'est pas du tout.

Auteur : Esope · Intervenants slam : Esope

Illustration au trait d’un adolescent en sweat à capuche, vu de dos, assis dans une salle avec d’autres participants
Dix adolescents, trois heures, et une seule séance pour que l’écriture devienne la leur.

Trois heures d'atelier slam avec la Maison des familles et de la réussite éducative des Mureaux, dans les Yvelines. Un groupe de dix adolescents, accompagnés par la structure au titre du décrochage scolaire.

Un public fait pour le slam

C'est un public idéal pour le slam et le rap, et la raison tient en une phrase : les deux disciplines réclament exactement ce que l'école réclame. Écrire, d'abord. Dire devant un groupe, ensuite. Deux gestes profondément scolaires, et deux gestes sur lesquels ces jeunes ont justement décroché.

La différence est ailleurs. Le média, lui, n'a rien de scolaire : il vient de leur monde, il a ses codes, ses références et ses figures. On arrive donc à l'écriture par un chemin qu'ils reconnaissent, et non par celui qui a déjà échoué avec eux. C'est aussi pour cela que slam et rap se passent le relais si facilement sur ce type de groupe.

Illustration au trait d’une silhouette accoudée à une fenêtre, regardant une cour au loin

La comparaison, outil à punchlines

Les tableaux habituels, mais concentrés sur une seule figure : la comparaison. C'est l'outil le plus rentable avec ce public, parce qu'il fabrique directement ce qu'ils ont envie d'écrire — des punchlines, des phrases fortes, des formules qui frappent.

Et surtout, il se nourrit de leur matière. Une comparaison a besoin d'un second terme, et ce second terme vient de leur culture personnelle : ce qu'ils écoutent, ce qu'ils regardent, ce qu'ils connaissent mieux que moi. Ils ne vont pas chercher loin, ils puisent chez eux — et le texte devient le leur avant même d'être fini.

Illustration au trait d’un artiste au micro, casquette sur la tête, face à un public
Montrer plutôt qu’expliquer : la démonstration a fait basculer la séance.

Le moment marquant

Il y a eu un avant et un après la démonstration. À mon arrivée, le groupe était sur la réserve : dix adolescents qui ne savaient pas à quoi s'attendre, et qui attendaient de voir.

J'ai pris l'initiative de ne pas expliquer davantage et de leur montrer en direct. C'est tout. Après ça, j'avais leur confiance et leur volonté de se prêter au jeu — ce qu'aucune présentation, aussi bien tournée soit-elle, ne m'aurait donné.

C'est une des choses que je fais le plus systématiquement devant un groupe qui doute : passer avant lui. Demander à quelqu'un d'écrire sur ce qui le concerne, puis de le dire à voix haute, quand on ne l'a pas fait soi-même devant lui, ne marche pas — et ne mérite pas de marcher.

Ce que ce projet a permis d’explorer

Une séance de trois heures suffit à accrocher un groupe, pas à l'emmener loin : elle se conçoit comme une porte, et souvent comme le premier rendez-vous d'un parcours plus long. Si vous accompagnez des jeunes de ce type, parlons de ce qu'on peut construire avec eux.

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