Un projet slam sur la solidarité avec tous les 4e du collège d’Arveyres

Tous les 4e du collège d'Arveyres ont écrit sur la solidarité. Plus de vingt heures d'atelier, puis une restitution dans le gymnase, à plus de quarante sur scène devant tout le collège.

Auteur : Esope · Intervenants slam : Esope

Un intervenant slam anime une séance d’écriture devant une classe de collège
Vingt heures d’atelier : le temps de passer de la consigne à un texte qu’on assume debout.

Le collège d'Arveyres, en Gironde, a monté un projet ambitieux : faire écrire tous ses niveaux de 4e sur le thème de la solidarité, et réunir l'établissement entier pour la restitution. Cet atelier slam en collège a représenté plus de vingt heures d'intervention au total — un volume qui change complètement ce qu'on peut viser.

Le contexte : un thème imposé, et c’est tant mieux

L'équipe pédagogique avait choisi la solidarité comme fil rouge. Un thème imposé effraie parfois, mais c'est en réalité un cadeau pour un atelier d'écriture : il évite la question qui bloque le plus les élèves, « sur quoi j'écris ? ». Reste à le rendre écrivable. « La solidarité » en soi ne produit que des platitudes. Ce qui produit un texte, c'est une scène : quelqu'un qui tend la main, quelqu'un qui ne la prend pas, une file d'attente, un banc, un couloir de collège.

Mon premier travail a donc été de descendre du concept au concret. Chaque élève devait arriver avec un souvenir précis — pas une opinion. À partir de là, le slam fait le reste : il autorise à parler de soi sans se raconter.

Quatre élèves de dos, bras sur les épaules, après un atelier slam sur la solidarité

Le déroulement du projet

Avec vingt heures, on peut construire une vraie progression au lieu d'enchaîner des exercices. Le projet s'est déroulé en quatre temps.

  • Entrer. Jeux oraux collectifs, sans feuille. On installe le droit de parler fort, et l'idée que le texte se dit.
  • Écrire. Collecte de souvenirs concrets, puis travail d'image : comparaison, métaphore, anaphore. L'anaphore, en particulier, est une béquille formidable pour un premier texte — on donne un début de vers, l'élève le répète et le complète.
  • Oser. Passage au micro en petit groupe, puis devant la classe. On travaille le regard, le débit, les silences. C'est l'étape la plus longue et la moins spectaculaire.
  • Partager. Répétitions collectives en vue du gymnase, mise en ordre des textes, enchaînements, gestion des entrées et sorties.

Le passage du texte individuel au collectif a été la vraie difficulté. Quarante textes mis bout à bout font un catalogue, pas un spectacle. On a donc cherché des échos : un vers d'un élève repris en chœur par cinq autres, des textes tuilés, un fil qui court d'une classe à l'autre.

Les techniques travaillées

Sur ce volume horaire, on va nettement plus loin que dans un atelier court : construction d'un texte entier, rimes et assonances employées sciemment plutôt qu'au hasard, rythme et respiration, adresse au public, et surtout réécriture. Vingt heures, c'est le temps qu'il faut pour qu'un élève accepte de couper une phrase dont il est amoureux parce qu'elle n'apporte rien.

Ce que les élèves ont travaillé

Le projet permet de travailler la maîtrise du langage — les élèves écrivent plus, et mieux, que dans un devoir noté — mais aussi l'écoute, la coopération et la prise de parole devant un grand groupe. J'observe souvent la même chose en collège : le classement scolaire se déforme. Un élève en difficulté sur l'écrit scolaire peut être excellent au micro, et l'établissement le découvre en même temps que lui.

Le moment marquant

La restitution avait lieu dans le gymnase, devant tout le collège. Plus de quarante participants sur scène. Au moment du premier passage, le silence est tombé d'un coup dans une salle où quelques centaines d'élèves venaient de s'installer — et il a tenu. C'est immense, un gymnase, et c'est le pire des lieux pour la voix ; mais l'attention du public a porté les élèves bien plus sûrement qu'une sonorisation.

Un carnet d’atelier slam ouvert, portant les mots écrire, ressentir, oser, partager
Les quatre étapes affichées au tableau pendant tout le projet.

Ce que ce projet a permis d’explorer

Un niveau entier qui écrit sur le même thème, c'est quarante angles différents sur une même question — et c'est exactement ce qu'un établissement peut en attendre. Le collège d'Arveyres a vu ses 4e se mettre debout devant lui. D'autres structures ont raconté ce type de projet dans la presse locale : on en trouve plusieurs dans les témoignages et articles. Si vous préparez un projet d'établissement de ce type, dites-moi votre volume horaire et votre thème.

Vous souhaitez imaginer un projet similaire ?

Esope conçoit des ateliers de slam, d'écriture, de poésie, de rap et d'éloquence adaptés aux publics, aux objectifs et au contexte de chaque structure.

Les autres projets

Le parcours

Esope

Depuis l'adolescence, j'ai voulu construire des projets en lien avec le slam et le rap. Je ne savais pas quoi ni comment, mais je voulais faire des choses. Faire des choses non seulement pour alimenter et partager ma passion, mais également pour grandir et vivre avec elle.

Au cours de mon parcours, j'ai saisi toutes les opportunités qui s'offraient à moi. J'ai écumé les scènes slam, enregistré des chansons de rap, publié un recueil, organisé des visites en poésie de lieux culturels et même défendu ma verve au Rap Contenders.

Aujourd'hui, je trouve beaucoup de plaisir à faire des conférences, des ateliers slam ou des formations d'éloquence. J'essaye toujours de partager ce que je sais en étant le plus créatif et pertinent possible. À travers l'enseignement, j'ai aussi trouvé une façon de continuellement apprendre.

Transmettre est un mot qui pourrait définir la vision de mon métier. Via des ateliers slam ou des performances artistiques, c'est exactement ça que je fais : transmettre.

Prix et distinctions

Générer de l'ambition

Très souvent, mes ateliers se déroulent dans une classe qui n'a jamais pratiqué l'écriture poétique. Pour beaucoup, réussir à écrire un texte de slam n'est même pas envisageable. L'ambition est une construction sociale, elle est liée à notre culture. La bonne nouvelle, c'est que si c'est culturel, c'est quelque chose qu'on peut apprendre, former et construire.

Le manifeste

Créer un espace bienveillant qui permet aux jeunes de s'exprimer en toute liberté.

  1. Atelier non conventionnel Bien que la forme soit scolaire, mon attitude est celle d'un intervenant extérieur.
  2. Pratiquer pour comprendre L'élève devient auteur et orateur, mais aussi spectateur attentif des autres créations.
  3. Plus aucune hiérarchie Les cartes sont redistribuées pour que la pression scolaire ne freine pas l'écriture.
  4. Célébrer le courage Pas d'applaudissements, pas d'art. L'élève doit être conscient de la mission accomplie.