Dix heures de slam au lycée CEPMO, et une restitution sur une scène de La Rochelle
Ce sont les lycéens qui ont voulu cet atelier et qui l’ont monté. Dix heures, une classe de dix, et une restitution qui n’a pas eu lieu dans l’établissement mais sur une vraie scène slam de La Rochelle, ouverte au public.
Auteur : Esope · Intervenants slam : Esope
Dix heures d'atelier slam au lycée CEPMO, à Saint-Trojan-les-Bains, sur l'île d'Oléron. Une classe de dix élèves, une atmosphère de travail que je rencontre rarement, et une restitution qui s'est jouée hors de l'établissement — sur une scène slam ouverte au public, à La Rochelle.
Un projet monté par les élèves eux-mêmes
C'est le point de départ, et il change tout le reste : ce sont les lycéens qui ont tenu à avoir cet atelier, et ce sont eux qui ont monté le projet. Je suis habitué à ce qu'une intervention naisse d'un enseignant, d'un chef d'établissement ou d'un dispositif. Là, la demande venait du groupe lui-même.
On ne mesure pas assez ce que ça fait gagner. La première heure d'un atelier sert normalement à défaire l'idée qu'on impose quelque chose : je performe, je pose le cadre, je laisse le doute se dissiper. Ici, il n'y avait rien à dissiper. Des jeunes dégourdis, ambitieux, avec une vraie volonté d'apprendre autrement — l'atelier a démarré à sa pleine vitesse dès la première minute.
Un lycée à pédagogie alternative
Le CEPMO est réputé pour ses méthodes pédagogiques alternatives. La mienne en est une : je ne corrige pas les textes, je ne note rien, et je fais travailler debout aussi souvent qu'assis. Dans un établissement classique, il faut parfois du temps pour que ça se règle avec les habitudes de la maison. Ici, la rencontre était évidente.
C'est une configuration où l'on peut aller plus loin, parce que l'énergie ne passe pas dans la négociation du cadre. Elle passe entièrement dans le texte.
Ce que change une classe de dix
Dix participants, c'est le format qui permet le suivi individuel réel. Je peux m'asseoir à côté de chacun, lire sa ligne, proposer une variante, repartir. Sur une classe de trente, cette même attention se répartit en quelques minutes par élève, et beaucoup de textes restent au stade où ils étaient à mi-parcours.
L'ambiance a été très ludique du début à la fin. Les jeunes se sont jetés sur les tableaux que j'utilise pour débloquer les phrases — l'outil qui remplace la recherche d'image dans le vide par une fabrication par croisement. Inspirés sur les idées, sur les thématiques, sur les rimes. Et avec une envie de scène qui était là avant moi.
C'est précisément la différence entre un groupe de dix et un groupe de trente, détaillée dans qui peut participer à un atelier slam : l'exigence ne change pas, le chemin pour y arriver, si.
Le moment marquant
La restitution s'est faite sur une scène slam de La Rochelle, ouverte au public. Pas dans une salle de classe, pas dans le hall du lycée, pas devant des camarades acquis d'avance : sur une vraie scène, devant des gens qui ne les connaissaient pas et qui étaient venus pour écouter du slam.
C'est l'écart entre les deux situations qui compte. Une restitution interne se joue devant un public bienveillant par construction — l'établissement applaudit les siens. Une scène ouverte, elle, ne promet rien. Le texte doit tenir sur ses propres jambes. Quand il tient, l'élève le sait, et personne n'a besoin de le lui dire.
Pour des jeunes qui avaient réclamé cet atelier, finir là était la seule fin logique.