Des ateliers slam avec une classe aménagée, au collège Henri-Dheurle de La Teste-de-Buch

Une classe aménagée, des élèves en décrochage, une année entière pour les raccrocher au cadre scolaire avec le journalisme pour fil rouge. Au milieu de ce projet, une dizaine d'heures de slam pour dire la même chose autrement : eux, l'école, l'avenir — sur scène devant leurs parents, puis imprimé dans un magazine.

Auteur : Esope · Intervenants slam : Esope

Un groupe d’élèves assis en cercle avec leur intervenant pendant un atelier d’écriture
Avant d’écrire, parler : de soi, de l’école, de ce qui coince et de ce qu’on espère.

Une classe aménagée du collège Henri-Dheurle, à La Teste-de-Buch : des élèves en décrochage scolaire, que l'établissement accompagne autrement pour les ramener vers l'école. J'y suis intervenu pour une dizaine d'heures d'atelier slam, au sein d'un projet porté toute l'année par l'association Chantier Sonore.

Le contexte : un projet à l’année, avec le journalisme pour fil rouge

Chantier Sonore propose à cette classe, sur toute l'année, une série de thématiques pour essayer de raccrocher les élèves au cadre scolaire. Le fil rouge est le journalisme : à travers des activités, des ateliers et des temps forts, les jeunes prennent la parole. Ils parlent d'eux, de leurs difficultés, de leur quotidien, de l'école, de l'avenir.

Mon rôle n'était pas d'ouvrir un sujet nouveau, mais de donner à ces mêmes sujets une autre forme. Ce qu'ils disaient en interview, ils allaient l'écrire en slam. Même matière, autre langue.

Le slam, pour se faire comprendre autrement

Un élève en décrochage a souvent une relation abîmée avec l'écrit : la copie, la note, la correction en rouge. Le slam déplace complètement le rapport aux mots. On n'écrit pas pour être évalué, on écrit pour être entendu. Il n'y a pas de bonne réponse, pas d'orthographe qui disqualifie, pas de forme imposée : il y a quelque chose à dire, et la recherche de la manière la plus juste de le dire.

C'est là que le slam devient précieux pour ce public. Un texte peut porter une colère, une fatigue, un espoir, sans avoir à les expliquer. Une image bien trouvée dit parfois mieux qu'un long discours ce qu'on vit à l'école ou ce qu'on attend de l'avenir. Les élèves découvrent que leurs mots ont un pouvoir : celui de faire comprendre aux autres ce qu'ils n'arrivaient pas à formuler.

Un carnet d’atelier slam ouvert, portant les mots écrire, ressentir, oser, partager

Écrire sur soi, sans s’exposer plus qu’on ne veut

Parler de soi devant sa classe demande un cadre solide. J'installe d'abord l'écoute et la bienveillance, puis je découpe l'écriture en étapes courtes : des contraintes simples, des amorces, des jeux à voix haute qui font démarrer sans qu'on ait à se livrer d'emblée. Chacun choisit ce qu'il met de lui dans son texte. Le slam autorise la métaphore, le détour, le « je » qui n'est pas tout à fait soi : on peut dire beaucoup sans tout dévoiler.

L’aisance à l’oral, le vrai déclic

Écrire ne suffit pas : en slam, on écrit pour dire. Une partie des séances a donc été consacrée à la mise en voix — la respiration, le débit, le regard, le silence avant une phrase importante. Pour des élèves qui ont souvent appris à se faire petits en classe, se tenir debout et porter son propre texte change la manière d'occuper l'espace. C'est une aisance à l'oral qui ne s'arrête pas à l'atelier.

Un participant bras ouverts sur scène pendant une restitution publique de slam
La restitution devant tous les parents, entre deux interviews en direct.

Le moment marquant

La restitution s'est tenue devant tous les parents. Les élèves ont dit leurs textes sur scène, et Chantier Sonore a mêlé les passages à des interviews en direct : le slam et le journalisme du projet réunis sur la même scène, les deux faces de la même parole.

Puis les textes ont été publiés dans le magazine créé pour l'occasion, à lire en ligne. Pour des élèves en rupture avec l'écrit scolaire, voir leurs mots imprimés, lus par d'autres, c'est un retournement complet : leur parole n'est plus corrigée, elle est publiée.

Ce que ce projet a permis d’explorer

Le slam est un outil puissant pour les dispositifs de raccrochage : il redonne de la valeur à la parole des élèves, sur scène comme sur papier. Si vous accompagnez une classe aménagée, un dispositif relais ou un projet de lutte contre le décrochage, découvrez les interventions en établissement scolaire ou parlons de votre projet.

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