Un battle de compliments en huit heures avec cinq jeunes, à Bouliac
Cinq jeunes qui ne se connaissaient pas, huit heures pendant les vacances scolaires, et au bout une vraie soirée de battle devant une soixantaine de personnes. Quatre heures pour écrire, quatre heures pour apprendre à tenir la scène — y compris quand un téléphone se met à sonner.
Auteur : Esope · Intervenants slam : Esope
Cinq jeunes, huit heures d'atelier pendant les vacances scolaires, au centre culturel François-Mauriac, à Bouliac. Au bout, pas une restitution entre soi : la scène d'une vraie soirée de battle, devant une soixantaine de personnes. Un battle de compliments monté en un temps très court, avec un groupe qui partait de zéro.
Le contexte : un groupe qui ne se connaît pas
Personne ne se connaissait, à l'exception de deux frères. C'est une situation que je rencontre souvent pendant les vacances, et elle change l'ordre des choses. Dans une classe, le groupe existe déjà ; on peut écrire dès la première heure. Ici, demander à quelqu'un de dire du bien d'un inconnu devant tout le monde, sans préparation, c'est lui demander de prendre un risque qu'il n'a aucune raison de prendre. Il fallait d'abord construire le groupe.
D’abord la cohésion, ensuite l’écriture
Le début de l'atelier n'a rien d'un cours d'écriture. Ce sont des jeux à voix haute, rapides, où l'on se trompe sans conséquence et où l'on rit beaucoup. Le but est double : installer le lâcher-prise, pour que chacun ose parler sans calculer, et poser les quatre choses sans lesquelles un battle de compliments ne tient pas — l'indulgence envers ce que l'autre propose, la confiance dans le groupe, la bienveillance dans le regard, et le plaisir de jouer.
Ce temps n'est pas pris sur l'écriture, il la rend possible. Un participant qui sait que personne ne se moquera de lui écrit plus vite, plus loin, et ose des images qu'il aurait gardées pour lui.
Le tirage au sort, puis quatre heures pour écrire
Une fois le groupe installé, le tirage au sort des duels. On ne choisit pas son adversaire : c'est ce qui met tout le monde sur le même plan, et c'est ce qui oblige à regarder quelqu'un qu'on n'aurait pas forcément regardé.
Quatre heures d'écriture, c'est court. J'ai donc concentré le travail sur les outils les plus rapides à transmettre et les plus productifs : la comparaison et la métaphore, à partir des tableaux d'images que j'ai construits au fil des ateliers, puis la rime et le rythme pour que la punchline tombe au bon endroit. Le principe reste celui du format : observer l'autre, trouver ce qu'il a de singulier, et le transformer en éloge qui fait réagir la salle.
Quatre heures pour préparer la scène
L'autre moitié de l'atelier a été entièrement consacrée à la scène. Une restitution dans une vraie soirée de battle n'a rien à voir avec un passage devant la classe : le public réagit, crie, applaudit au milieu des phrases, et le rythme ne laisse pas le temps de se reprendre.
On a donc travaillé la voix, le regard, le placement face au public, le silence avant la chute — et surtout la gestion du stress. Pendant les répétitions, j'introduis volontairement des imprévus : un bruit, une interruption, une réaction déplacée. L'idée n'est pas de déstabiliser, mais d'apprendre à continuer quoi qu'il arrive. Sur scène, ce n'est pas l'imprévu qui fait perdre ses moyens, c'est de ne jamais l'avoir rencontré avant.
Le moment marquant
Pendant le passage officiel de l'un des jeunes, devant les soixante personnes de la soirée, un téléphone a sonné dans le public. Exactement le genre de détail qui fait trébucher quelqu'un qui monte sur une scène pour la première fois.
Il n'a pas bronché. Il a fait abstraction de la sonnerie et a continué son texte comme si de rien n'était, sans perdre son rythme ni sa phrase. C'est précisément ce qu'on avait travaillé quelques heures plus tôt. Voir un exercice de répétition servir pour de vrai, au moment où ça compte, c'est la meilleure vérification qui soit.
Ce que ce projet a permis d’explorer
Le battle de compliments est un format idéal pour les vacances : il fédère un groupe qui ne se connaît pas, il produit un résultat visible très vite, et il donne aux participants une vraie scène à défendre. Si vous organisez un accueil de loisirs, un dispositif de vacances ou un projet en structure jeunesse, parlons du format.