Un battle de compliments avec treize jeunes en service civique, chez Citizschool à Bordeaux
Treize jeunes qui ne se connaissaient que depuis deux jours, trois heures d'affilée, et une commande claire : souder le groupe. Le battle de compliments force à parler de l'autre avec précision — donc à le connaître d'abord.
Auteur : Esope · Intervenants slam : Esope
Citizschool, à Darwin, m'a fait venir pour trois heures d'affilée avec treize jeunes en service civique. Un public qu'on désigne souvent par l'acronyme NEET — ni en emploi, ni en études, ni en formation — et qui a devant lui six mois pour trouver un travail, une mission, un projet de vie active. La commande n'était pas artistique : il fallait souder une équipe constituée depuis deux jours.
Pourquoi le battle de compliments, pour ça
Un atelier d'écriture classique produit des textes personnels : chacun parle de soi, et le groupe écoute. C'est très bien, et ça ne fait pas se rencontrer les gens. Le battle de compliments fait l'inverse : on écrit sur l'autre, et on lui dit en face, en rimes, devant tout le monde.
Ce renversement a une conséquence pratique que j'exploite systématiquement avec un groupe neuf : pour complimenter quelqu'un avec précision, il faut le connaître. Un compliment vague ne fait rire personne et ne tient pas la scène. Le format impose donc d'aller chercher de la matière — et il donne une excuse parfaite pour le faire.
Le déroulé : trois heures, pas une de plus
Sur un format court et sans séance de reprise, il faut aller à l'essentiel. J'ai travaillé en quatre temps.
- Faire adhérer au concept. C'est la première marche et la plus haute : complimenter n'est pas un réflexe, et l'annoncer comme un affrontement surprend. Je passe moi-même avant d'expliquer quoi que ce soit — un groupe qui n'a pas vu ne sait pas ce qu'on lui demande.
- Le temps d'échange entre adversaires. Chacun va chercher des informations personnelles sur celui qu'il va affronter, avec l'excuse du format : il veut être précis, il a donc le droit de poser des questions. C'est le cœur de la séance pour un objectif de cohésion.
- Les punchlines, par la comparaison. La comparaison est l'outil le plus rapide à transmettre et le plus productif en atelier court. Je m'appuie sur des tableaux que j'ai construits au fil des années pour lancer l'écriture et débloquer l'inspiration : des familles d'images, des entrées thématiques, de quoi ne jamais rester devant une feuille vide.
- La mise en rimes, en second temps seulement. L'erreur classique est de demander la rime et l'idée en même temps : on obtient des rimes pauvres sur des idées faibles. On trouve d'abord ce qu'on veut dire, on l'habille ensuite.
Les accompagnatrices de la structure ont joué le jeu, mélangées aux jeunes plutôt qu'en observation. Ce n'est pas un détail : un adulte qui monte au micro comme les autres change ce que le groupe s'autorise à tenter.
Le moment marquant
Treize participants, donc un chiffre impair : impossible de tout faire tenir en face-à-face. Il y a donc eu un battle à trois, un contre un contre un. J'ai gardé ce passage pour la fin, parce que je savais ce que ça allait donner. Trois personnes qui doivent complimenter deux adversaires à la fois, se répondre, et tenir le rythme à trois voix : c'est beaucoup plus intense qu'un duel, et c'est la séquence que le groupe a retenue.
Ce que cet atelier a permis d’explorer
Le battle de compliments est souvent programmé pour le climat scolaire. Il fonctionne tout aussi bien comme outil de cohésion dans un collectif d'adultes en train de se former : il oblige à s'intéresser à l'autre, et il donne un cadre à cet intérêt. Si vous accompagnez un groupe qui vient de se constituer, on peut caler un format court.