Les figures de style expliquées par un slameur, avec des exemples
On les apprend comme une liste à réciter, on les oublie aussitôt l'examen passé. Pourtant, les figures de style sont des outils de tous les jours : on s'en sert sans le savoir pour convaincre, faire rire ou toucher. Voici celles qui comptent, expliquées par quelqu'un qui en fait écrire toutes les semaines.
Auteur : Esope · Intervenant slam : Esope
Une figure de style, c'est une façon de dire les choses autrement que de manière plate, pour qu'elles frappent davantage. « Il fait très froid » informe. « Le vent nous mord les joues » fait sentir le froid. La deuxième phrase utilise une figure, la personnification, et c'est pour ça qu'on s'en souvient.
En atelier slam, je ne fais jamais apprendre les figures de style par cœur. Je les fais utiliser, une par une, jusqu'à ce que chacun en ait écrit une qu'il aime. C'est la meilleure façon de les retenir, et c'est aussi la façon dont ce guide est construit : une définition courte, un exemple qui parle, et à quoi elle sert vraiment.
Les figures de rapprochement : faire voir
Ce sont les plus utiles, et de loin. Elles relient deux choses qui n'ont rien à voir pour qu'on voie la première autrement.
| Figure | Ce que c’est | Exemple |
|---|---|---|
| La comparaison | Rapprocher deux choses avec un outil de comparaison : comme, tel, pareil à, ressembler à. | « Son rire est comme une fenêtre qu’on ouvre en plein hiver. » |
| La métaphore | La même chose, sans l’outil de comparaison. Plus directe, donc plus forte. | « Son rire est une fenêtre ouverte en plein hiver. » |
| La personnification | Prêter à un objet ou à une idée des gestes ou des sentiments humains. | « La ville s’endort en ronflant de toutes ses voitures. » |
| L’allégorie | Donner un corps à une idée abstraite, souvent avec une majuscule. | « La Peur s’est assise au fond de la classe et a croisé les bras. » |
La différence entre comparaison et métaphore est la question qui revient le plus en atelier. Retenez ceci : la comparaison dit « comme », la métaphore ose. « Tu es comme un soleil » laisse une distance ; « tu es mon soleil » la supprime. C'est pour ça qu'en slam, on commence souvent par la comparaison, plus facile à trouver, avant de retirer le « comme » pour voir si la phrase tient debout toute seule.
Les figures de répétition : faire entendre
Ce sont les figures de l'oreille. Elles donnent du rythme, et c'est pour ça qu'on les retrouve partout dans le slam, le rap et les discours.
| Figure | Ce que c’est | Exemple |
|---|---|---|
| L’anaphore | Répéter le même mot ou le même groupe en début de phrase ou de vers. | « Je viens d’un quartier où… / Je viens d’une langue où… / Je viens d’un silence où… » |
| L’allitération | Répéter un même son de consonne. | « Six sœurs sifflent sous la pluie. » |
| L’assonance | Répéter un même son de voyelle. | « Il court, il trouve, il pousse la porte. » |
| Le parallélisme | Construire deux phrases sur le même modèle. | « Le matin je rêve, le soir je doute. » |
L'anaphore est la figure reine de la scène. Répéter le début d'un vers crée une attente : la salle sait que la suite arrive et tend l'oreille. C'est la première figure que je fais écrire en atelier, parce qu'elle donne un texte en dix minutes à quelqu'un qui pensait ne rien avoir à dire. On écrit « Je viens de… » cinq fois, on complète, et le texte existe.
Les figures d’opposition : faire réfléchir
| Figure | Ce que c’est | Exemple |
|---|---|---|
| L’antithèse | Opposer deux idées dans la même phrase. | « On m’a appris à parler fort, j’ai appris à me taire. » |
| L’oxymore | Coller deux mots contraires l’un à l’autre. | « Un silence assourdissant », « une douce violence ». |
| Le chiasme | Croiser deux éléments dans l’ordre A-B / B-A. | « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. » (Molière, L’Avare) |
Le chiasme est la figure qui impressionne le plus quand on la réussit, parce qu'elle donne l'impression d'une pensée qui se retourne sur elle-même. Elle est difficile à trouver à froid : mieux vaut partir d'une phrase qu'on a déjà écrite et chercher si on peut l'inverser.
Les figures d’intensité : faire sentir
| Figure | Ce que c’est | Exemple |
|---|---|---|
| L’hyperbole | Exagérer volontairement. | « Je t’ai attendu mille ans devant ce portail. » |
| La gradation | Enchaîner des mots de plus en plus forts. | « Je doute, je tremble, je m’effondre. » |
| La litote | Dire moins pour faire entendre plus. | « Va, je ne te hais point. » (Corneille, Le Cid) : elle l’aime. |
| L’euphémisme | Adoucir une réalité trop dure. | « Il nous a quittés » pour « il est mort ». |
Les jeux sur les mots : faire sourire
Le calembour joue sur deux sens d'un même son, la paronomase rapproche deux mots presque identiques : « Qui se ressemble s'assemble », « traduttore, traditore ». Ce sont les figures de la punchline. Elles font réagir une salle en une demi-seconde, à condition de ne pas en abuser : un texte qui ne fait que des jeux de mots devient un concours d'esprit, et on n'entend plus ce qu'il veut dire.
Comment les retenir pour de bon
Une figure de style apprise par cœur s'oublie ; une figure qu'on a écrite soi-même reste. Voici l'exercice que je donne en atelier, et qui marche à tout âge :
- Choisissez un sujet simple : votre ville, votre chambre, quelqu’un que vous aimez.
- Écrivez une phrase par figure sur ce sujet : une comparaison, puis une métaphore, puis une anaphore sur trois lignes, puis une hyperbole.
- Gardez la meilleure et dites-la à voix haute. Si elle sonne bien, c’est le premier vers de votre texte.
En vingt minutes, vous aurez manipulé cinq figures et écrit le début d'un poème. C'est exactement ce qui se passe en atelier slam : on n'étudie pas les outils, on s'en sert.
Faire écrire tout un groupe
Si vous voulez voir les figures de style au service d'un texte entier, lisez comment écrire un slam, puis le lexique du slam. Et si vous voulez faire écrire tout un groupe, une classe ou une équipe, c'est le travail de l'atelier slam.