Débuter le slam à Bordeaux

Il n'y a ni cours, ni inscription, ni niveau requis. Débuter le slam à Bordeaux, c'est écrire un texte et finir par le dire devant des gens. Voici le chemin dans l'ordre où il se fait vraiment, avec les délais réels.

Auteur : Esope · Intervenant slam : Esope

Débuter le slam n'est pas une question de talent, c'est une question de répétitions. Personne n'est bon à sa première scène ; presque tout le monde devient correct à la dixième. Ce qui suit est le chemin le plus court entre les deux, appliqué à Bordeaux.

Semaine 1 — Écrire un texte, un seul

Pas un recueil : un texte. Trois minutes maximum, et plutôt une minute trente pour commencer. Le principe tient en une ligne : prenez une contrainte, écrivez vite et mal, puis coupez. La méthode complète est dans comment écrire un slam.

Le piège classique est d'attendre d'avoir « un bon texte ». Le texte devient bon en étant dit, pas en étant relu.

Semaine 2 — Le dire à une personne

Avant la scène, une personne. Quelqu'un qui écoute et qui n'a le droit de dire qu'une chose : la ligne qu'il a préférée. Pas de conseil, pas de correction.

Cette étape paraît inutile et elle est décisive : elle fait passer le texte de l'état de chose écrite à l'état de chose dite, et c'est un seuil bien plus difficile à franchir qu'on ne croit.

Mois 1 — Aller écouter une scène, sans passer

Une fois. Vous verrez le niveau réel, vous verrez comment on s'inscrit, et vous verrez que le public applaudit tout le monde. Ces trois constats suppriment l'essentiel de la peur.

Trouver une date est la seule difficulté bordelaise, parce qu'il n'existe pas d'agenda centralisé : suivez les collectifs locaux et les programmations des lieux culturels plutôt que de chercher une adresse fixe. Le détail est dans les scènes slam à Bordeaux.

Mois 2 — Passer, avec sa feuille

Lire son texte est admis partout. N'apprenez pas par cœur pour votre première scène : vous ajouteriez la peur du trou de mémoire à celle du public.

Trois consignes pour ce premier passage. Parlez plus lentement que ce qui vous semble normal — le trac accélère de 30 %, c'est mécanique. Regardez le fond de la salle, pas les visages du premier rang. Et arrêtez-vous une seconde avant votre dernière ligne : c'est le seul effet qui marche à tous les coups.

Mois 3 et après — Recommencer

Le vrai travail commence là. Le même texte, dit cinq fois sur cinq scènes différentes, vous apprendra plus que cinq textes dits une fois. Vous saurez où la salle décroche, quelle ligne tombe à plat, où placer un silence.

Deux réflexes font la différence à ce stade : enregistrez-vous — au téléphone, ça suffit — et écoutez-vous en marchant ; et notez après chaque passage, en deux lignes, ce qui a marché et ce qui n'a pas marché.

Rejoindre un collectif

À Bordeaux, la pratique régulière passe par les associations. Ta Mère la Mieux est celle qu'il faut connaître : c'est par ce type de collectif que les dates circulent, que les scènes se montent et qu'on trouve des gens qui écrivent aussi.

C'est aussi le moment où la pratique change de nature : on cesse d'écrire en général pour écrire pour une occasion précise — un lieu, un public, une date. C'est le vrai passage de palier, plus que n'importe quelle technique.

Les erreurs de début

  • Écrire dix textes avant d’en dire un. Le retour du public est la seule information qui fasse progresser ; sans elle, on répète ses défauts.
  • Viser trois minutes tout de suite. Une minute tenue vaut mieux que trois minutes subies, et la salle le sent.
  • Apprendre par cœur trop tôt. La feuille est admise partout et elle libère l’attention pour la voix.
  • Attendre de se sentir prêt. Personne ne l’est à la première. On le devient à la cinquième.

Faire venir un intervenant

Esope intervient depuis 2016 en collège, en lycée, en école, en structure jeunesse et en établissement médico-social. Champion de France de slam, agréé par l’Éducation nationale.

Les autres ressources