Huit heures de battle de compliments avec deux classes du lycée Saint-Exupéry, à Parentis

Deux classes, huit heures chacune, et des effectifs du simple au triple : douze élèves d'un côté, une trentaine de l'autre. Même format, même durée, deux conduites d'atelier différentes.

Auteur : Esope · Intervenants slam : Esope

Illustration au trait d’un tableau noir où est écrit « battle de compliments », l’intervenant à côté et des élèves de dos
Deux classes, huit heures chacune — et deux façons de mener le même atelier.

Huit heures d'atelier battle de compliments par classe au lycée polyvalent Saint-Exupéry de Parentis-en-Born, dans les Landes, avec une première année de CAP et une première professionnelle. Même format, même durée, même déroulé — et deux ateliers qui n'ont pas eu grand-chose à voir, parce que l'une des classes comptait douze élèves et l'autre une trentaine.

Le contexte : deux classes de lycée professionnel

Le battle de compliments se prête bien au lycée professionnel, et pour une raison précise : il détourne les codes de la vanne au lieu de les interdire. Ce sont des classes où l'écrit scolaire a souvent laissé des traces, et où le rapport à la prise de parole est plus aisé qu'à la copie. Le format part de l'oral, assume la forme de la joute, et l'écriture arrive comme le moyen de gagner — pas comme l'exercice qu'on subit.

Le déroulement : huit heures par classe

Le déroulé est le même pour les deux groupes, et il est décrit en détail dans les règles du battle de compliments : jeux oraux pour installer le groupe, tirage au sort des duos, écriture, relecture, puis mise en voix. Les consignes sont collectives, les textes individuels. C'est une distinction qui compte : tout le monde reçoit la même contrainte au même moment, mais personne n'écrit à plusieurs. Chacun repart avec son texte, signé de lui.

Les techniques travaillées

Quatre entrées, dans cet ordre. Les figures de style d'abord, comparaison et métaphore en tête, parce qu'elles produisent un résultat en quelques minutes et ne demandent aucun prérequis. Les schémas de rimes ensuite, qui font passer d'une suite de phrases à un texte qui tient debout. Puis la recherche d'amplification — comment pousser une image jusqu'à ce qu'elle porte, sans la casser. Et enfin la gestion du stress, qui n'est pas une technique d'écriture mais qui décide de tout le reste : un bon texte mal tenu ne convainc personne.

Illustration au trait d’un jeune debout au milieu des tables, en train de parler devant ses camarades

Douze élèves d’un côté, une trentaine de l’autre

C'est ce qui a le plus distingué les deux journées. Avec douze élèves, on tourne : chacun a plusieurs retours individuels sur son texte, on peut reprendre une image ligne à ligne, et le groupe entier assiste à chaque passage sans que ça traîne. Avec une trentaine, la même durée se répartit autrement — les retours passent davantage par des consignes adressées à tous, et le temps de parole individuel se construit plus serré.

Les deux fonctionnent, y compris pour le passage à l'oral : une classe entière peut être entendue sur huit heures, à condition d'avoir calé le rythme dès le départ. Mais la conduite n'est pas la même, et c'est le genre de chose qui se décide avant l'atelier, pas pendant.

Le moment marquant

Dans la classe la plus nombreuse, une élève est venue me voir discrètement pour me demander de changer le duel qu'elle venait de tirer au sort. En discutant avec elle, j'ai compris qu'il y avait derrière une situation de harcèlement, et que sa demande n'était pas un caprice de tirage.

J'ai changé, et j'ai changé sans que personne ne le sache : le tirage se rejoue, on annonce autre chose, le groupe n'y voit rien. C'est la seule manière de faire — une correction visible aurait exposé exactement ce qu'il fallait protéger. Le principe est toujours le même, et je l'applique chaque fois que je l'estime nécessaire : on est là pour s'amuser avec la langue française, pas pour régler autre chose.

La règle du tirage au sort reste ce qui fait tenir le format — on ne choisit pas son adversaire, c'est ce qui met tout le monde sur le même plan. Elle souffre des exceptions, rares, qu'il faut savoir repérer depuis sa place ou entendre quand quelqu'un vient les dire à voix basse. Ce que ce format fait et ne fait pas face au harcèlement est détaillé à part.

Illustration au trait d’un tableau noir portant la phrase « même les plus grandes histoires ont commencé par un premier mot »

La restitution

Une petite restitution par classe, sur la dernière demi-heure du dernier atelier. Pas de grande salle, pas de public extérieur : les élèves devant leurs camarades, dans la salle où ils avaient écrit. Sur ce type de projet, ce format intimiste vaut souvent mieux qu'un rassemblement — il garde l'enjeu sans ajouter l'intimidation, et il permet de finir sur les textes plutôt que sur l'événement.

Ce que ce projet a permis d’explorer

Deux classes, le même dispositif, deux effectifs du simple au triple : c'est le genre de projet qui apprend à régler le rythme plutôt que le contenu. Si vous êtes en lycée professionnel et que le format vous intéresse, décrivez-moi vos classes et leurs effectifs — c'est la première chose que je regarde.

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