Faire écrire un groupe d’allophones : ce qui marche, ce qui bloque

Un groupe allophone met un enseignant devant un problème que les autres publics ne posent pas : les niveaux vont du débutant au presque courant, et l'activité doit avoir du sens pour les deux bouts à la fois. L'écriture courte et dite à voix haute est une des rares à le permettre. Voici pourquoi, et ce qu'il faut savoir avant de se lancer.

Auteur : Esope · Intervenant slam : Esope

La plupart des activités proposées à un groupe allophone butent sur le même mur : elles supposent un niveau de langue commun. Un débat demande de l'argumentation, un exposé demande du lexique, un texte long demande une syntaxe. Dans une UPE2A, dans un dispositif FLE ou dans un groupe de mineurs non accompagnés, ce niveau commun n'existe pas — et attendre qu'il existe, c'est repousser indéfiniment le moment où ces jeunes prennent la parole.

L'écriture courte dite à voix haute contourne ce mur. Pas parce qu'elle serait plus facile : parce qu'elle ne mesure pas la même chose. J'ai mené ces ateliers avec des mineurs non accompagnés à Coutras, avec des jeunes récemment arrivés à Gémozac, et en bibliothèque à Bordeaux avec un groupe de cinq participants allophones. Ce guide est écrit depuis ces séances-là.

Pourquoi le format convient

Quatre raisons, et elles tiennent toutes à la forme de l'exercice plutôt qu'à une vertu particulière de la poésie.

  • Le texte est court. Dix lignes, parfois six. Un débutant peut en produire autant qu'un élève plus avancé — le volume n'est pas le critère, et cela se voit immédiatement sur la feuille.
  • La faute n'est pas l'objet. On ne corrige pas l'orthographe pendant l'écriture. Pour quelqu'un qui a passé des mois à se faire reprendre sur chaque accord, c'est un renversement — et c'est souvent à ce moment-là que l'écriture se débloque.
  • La rime est un jeu de sons, pas de vocabulaire. Entendre que « maison » et « saison » finissent pareil ne demande aucune maîtrise grammaticale. C'est une des rares compétences où un arrivant récent n'est pas en retard.
  • L'oral porte l'écrit. Un texte simple, bien dit, fonctionne. Un texte complexe, mal dit, ne fonctionne pas. Le passage rééquilibre ce que la feuille avait déséquilibré.

Ce qui bloque réellement

Pas les idées. C'est le malentendu le plus coûteux : on suppose qu'un jeune qui parle peu le français aura peu à dire, alors que le blocage est presque toujours ailleurs.

Le passage à l'écrit. Quelqu'un qui n'écrit pas encore l'alphabet latin, ou qui l'écrit lentement, se décourage avant d'avoir commencé. La parade est simple : on prend le texte sous la dictée. L'adulte écrit, le participant dicte. Le texte reste le sien, et le temps passé à former les lettres ne mange plus le temps d'écrire.

La peur de l'erreur devant les autres. Elle est plus forte ici qu'ailleurs, parce que l'accent et l'hésitation sont audibles de tous. Deux choses la désamorcent : annoncer dès la première minute qu'on ne corrige personne pendant le passage, et passer soi-même en premier.

L'écart de niveau dans le groupe. C'est la vraie difficulté de conduite. Un participant écrit vingt lignes pendant qu'un autre en cherche trois. La réponse n'est pas de différencier les consignes — ce qui désigne publiquement qui est en difficulté — mais de donner une consigne qui s'étire : une amorce à compléter, répétée autant de fois qu'on veut. Celui qui peut en fait dix, celui qui démarre en fait deux, et les deux ont écrit un texte.

Le déroulé, adapté

L'ossature est celle de n'importe quel atelier d'écriture et d'oralité. Trois réglages suffisent à la rendre praticable avec un groupe allophone.

  • Commencer par entendre, pas par expliquer. Je passe en premier, debout, sans introduction. Un groupe qui n'a pas vu ne sait pas ce qu'on lui demande, et une consigne expliquée en français à quelqu'un qui saisit un mot sur trois n'a pas été comprise.
  • Une seule consigne à la fois, écrite au tableau. La consigne orale se perd. La même phrase au tableau se relit autant de fois que nécessaire.
  • L'amorce plutôt que le thème. « Je viens de… » produit du texte dans tous les niveaux. « Parlez-moi de votre parcours » n'en produit que chez ceux qui ont déjà les mots — et met les autres en difficulté sur un sujet qui ne s'impose pas.

Sur le volume : deux heures suffisent à ce que chacun écrive et dise. Huit heures, en séances de deux, permettent d'aller jusqu'à une scène — c'est le format que j'ai mené avec la Croix-Rouge à Coutras, où quatre des six participants sont montés devant deux cents personnes.

Où ces ateliers se montent

Trois cadres reviennent, et ils ne se financent pas de la même façon.

  • L'UPE2A et le dispositif FLE en établissement. Le projet s'inscrit dans le parcours d'éducation artistique et culturelle et peut mobiliser la part collective du pass Culture au collège et au lycée.
  • Les structures d'accueil et d'accompagnement. Associations, foyers, services de protection de l'enfance : le cadre est associatif, les financements relèvent de la collectivité, de la politique de la ville ou de fonds propres.
  • La bibliothèque et le centre social. Terrain neutre, hors institution scolaire, et souvent la porte la plus simple à ouvrir pour un premier projet.

Combien ça coûte

Le socle est celui de n'importe quel atelier d'écriture : 60 à 90 € de l'heure d'animation, le plancher de 60 € correspondant au tarif de référence employé par les DRAC pour les interventions artistiques en milieu scolaire. L'effectif ne change pas ce tarif, mais il change le volume d'heures nécessaire — en groupe allophone plus qu'ailleurs, puisque l'accompagnement à l'écrit est individuel.

Et concrètement ? Le tarif d'un atelier se situe entre 60 et 90 € de l'heure suivant la structure qui l'organise, et je me déplace partout en France. Pour connaître mes tarifs, c'est dans le simulateur de devis : il chiffre votre projet en quelques questions, et le devis officiel s'établit ensuite après un échange.

Faire venir un intervenant

Esope intervient depuis 2016 en collège, en lycée, en école, en structure jeunesse et en établissement médico-social. Champion de France de slam, agréé par l’Éducation nationale.

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