Écrire sans passer par la feuille : slam et rap au SESSAD Bell-Estello, à Toulon

Quatre enfants de 9 à 12 ans, sept heures d'atelier, des textes trouvés à voix haute plutôt qu'écrits, et l'un d'eux devenu le scribe du groupe. Le slam s'est transformé en rap, et la restitution s'est faite dans les locaux, devant des proches.

Auteur : Esope · Intervenants slam : Esope

Illustration au trait d’un petit groupe d’enfants réuni autour d’une table avec l’intervenant
Autour d’une table plutôt qu’en rang : le format des structures médico-sociales.

Quatre enfants de 9 à 12 ans, en situation de déficience intellectuelle avec troubles associés, au SESSAD Bell-Estello de Toulon. Sept heures en tout, réparties en séances courtes : un atelier qui a commencé en slam et qui s'est terminé en rap, sans que rien de cela ait été décidé à l'avance.

Commencer par rencontrer, pas par écrire

La première séance n'a produit aucun texte, et c'était son objet. Avec un public que je ne connais pas, une rencontre d'abord n'est jamais de trop : elle sert à voir comment le groupe fonctionne, qui prend la parole, qui l'évite, ce qui fait rire. On a joué avec les mots, les sonorités et les images — des jeux qui ont l'air d'être là pour l'ambiance et qui préparent en réalité tout ce qui vient après.

C'est pendant cette séance que j'ai vu le vrai obstacle : les emmener sur la feuille allait être compliqué. Une fois ce constat posé, il n'y avait plus de raison de forcer.

Le choix de faire écrire sans écrire

Pour trois d'entre eux, tout le travail d'écriture s'est fait à l'oral. Leur créativité était nettement supérieure sans la barrière de la feuille : les images arrivaient, les associations aussi, dès lors qu'il n'y avait ni orthographe ni tenue de stylo entre l'idée et sa formulation. Ce n'est pas un contournement, c'est le bon outil : le slam se juge à l'oreille, pas à la copie.

Le quatrième était relativement à l'aise à l'écrit. Je lui ai donné un rôle : une fois ses propres phrases terminées, il devenait le scribe du groupe et notait celles que ses camarades trouvaient à voix haute. Chacun avait ainsi sa place — et celui qui écrivait n'écrivait pas à la place des autres, il écrivait pour eux.

Illustration au trait d’un enfant de profil, la main devant la bouche, en train de chercher un mot

Ce que l’atelier visait vraiment

L'objectif numéro un n'était pas la qualité des textes : c'était le partage et l'écoute. Un groupe de quatre où chacun attend que l'autre ait fini, reprend une image trouvée par un camarade, rit d'une trouvaille qui n'est pas la sienne — c'est le résultat que ce type d'atelier doit produire, et c'est celui qui reste une fois le projet terminé.

Du slam au rap

Au bout de deux séances, la dimension slam tenait : chaque enfant avait son texte. J'ai donc proposé d'aller plus loin en ajoutant une instrumentale et en leur apprenant à rapper leur texte — pour ceux qui en avaient envie, jamais comme une obligation. Le passage du slam au rap ajoute une contrainte, la mesure, et il ajoute surtout une raison de redire son texte dix fois sans que ça ressemble à une répétition.

Illustration au trait d’un carnet ouvert où sont écrits les mots slam, rap, éloquence et poésie

Le moment marquant

Le jour où les trois qui travaillaient à l'oral ont entendu leurs phrases relues par leur camarade scribe. Jusque-là, ce qu'ils trouvaient existait le temps d'être dit ; là, ça leur revenait sous une autre voix, à l'identique, et c'était bien d'eux. C'est à ce moment qu'un atelier d'écriture devient un atelier d'écriture pour quelqu'un qui n'écrit pas.

La restitution

Intimiste, dans les locaux du SESSAD, devant des proches qui sont venus. Pas de grande salle ni de public nombreux : avec ce groupe, la réussite ne se mesurait pas au nombre de personnes assises en face, mais au fait que quatre enfants disent leur texte devant quelqu'un qui compte pour eux.

Ce que ce projet a permis d’explorer

Ce projet a confirmé qu'un atelier d'écriture n'a pas besoin d'écriture pour exister, et qu'un dispositif s'ajuste au groupe plutôt que l'inverse. Si vous accompagnez des enfants ou des adolescents en structure médico-sociale, parlons du format qui conviendrait au vôtre.

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