Monter un projet contre le harcèlement qui parle aux élèves
Un projet contre le harcèlement se heurte presque toujours au même obstacle : les élèves ont déjà entendu le discours, et ils l'écoutent de loin. Un atelier d'écriture et de prise de parole change le rapport — non parce qu'il dit mieux les choses, mais parce que ce sont eux qui les disent. Voici comment se monte ce type de projet, et ce qu'il faut en attendre.
Auteur : Esope · Intervenant slam : Esope
Chaque établissement doit mener des actions de prévention du harcèlement, et chaque équipe sait à quel point l'exercice est délicat. L'intervention descendante — un adulte explique, des élèves écoutent — remplit la case et ne déplace rien. Les élèves connaissent déjà le vocabulaire, ils savent ce qu'il faut répondre, et le sujet repart intact à la sonnerie.
Un atelier d'écriture et d'oralité prend le problème par l'autre bout. On ne parle pas du harcèlement : on fait écrire les élèves, et on les fait monter devant les autres pour dire ce qu'ils ont écrit. Ce qui change le groupe, ce n'est pas le thème, c'est l'expérience — et c'est pour ça que l'activité tient là où le discours glisse.
Deux façons d’aborder le sujet
Il y a deux entrées possibles, et elles ne produisent pas la même chose. Le choix se fait avec l'équipe, avant l'atelier.
- Le thème imposé. On annonce le sujet, les élèves écrivent dessus. L'avantage est la lisibilité : le projet s'inscrit dans une séquence, il se raconte aux familles, il se justifie en conseil pédagogique. Le risque est le texte convenu — on obtient ce que l'élève pense qu'on attend, surtout sur un sujet où il sait déjà quoi répondre.
- Le format qui travaille le sujet sans le nommer. C'est l'approche du battle de compliments : deux élèves s'affrontent à coups de compliments, en rimes, devant la classe. Personne ne parle de harcèlement et tout le monde vit l'inverse — on détourne les codes du clash pour dire du bien, et c'est l'expérience qui fait le propos.
Dans la plupart des projets que je mène, c'est la seconde qui fonctionne le mieux avec des adolescents. Le détail de ce que ce format fait — et de ce qu'il ne fait pas — est écrit dans battle de compliments et harcèlement.
Ce que l’activité déplace, concrètement
- Chacun est écouté jusqu'au bout. C'est la règle du passage, et elle est tenue : pas d'interruption, pas de commentaire, pas de moquerie. Pour un élève qui subit l'inverse au quotidien, l'écart est immédiat et visible de tous.
- Les places bougent. Un atelier d'écriture ne récompense ni les notes ni la popularité. Il arrive régulièrement que le texte le plus fort vienne d'un élève que la classe n'écoutait pas — et ça, la classe l'entend.
- Dire du bien devient un exercice, pas une faiblesse. C'est le cœur du battle de compliments : complimenter avec du style et de la répartie n'est plus une mollesse, c'est une performance.
- Le groupe applaudit. On pose la règle au début : on applaudit tout le monde, pareil. Ça paraît anecdotique ; dans une classe où certains n'ont jamais été applaudis, ça ne l'est pas.
Ce que le projet ne fait pas
Il faut le dire clairement, parce que c'est là que les propositions artistiques sur ce sujet promettent souvent trop.
Un atelier ne règle pas une situation de harcèlement en cours. Il ne la traite pas, il ne la repère pas de façon fiable, et il ne remplace ni le protocole de l'établissement ni les adultes qui le portent. Je ne suis ni psychologue ni médiateur : je suis l'artiste qui tient la salle pendant quelques heures.
Ce qu'il peut faire, en revanche, c'est faire remonter quelque chose. Au lycée Saint-Exupéry de Parentis, une élève a insisté pour choisir elle-même son adversaire ; en parlant avec elle, j'ai compris qu'il y avait derrière une situation de harcèlement, et que sa demande n'était pas un caprice de tirage. Ce genre d'information ne sort pas d'un questionnaire. Elle sort parce qu'il se passe quelque chose dans la salle — et elle n'a de valeur que si un adulte de l'établissement est là pour la recevoir. C'est pour cette raison qu'un membre de l'équipe doit être présent du début à la fin.
Le format : combien d’heures, pour quoi
- Deux heures : une initiation. Le groupe découvre, écrit, quelques-uns passent. Utile pour un temps fort, insuffisant pour installer quoi que ce soit.
- Quatre heures : chacun écrit et chacun passe. C'est le premier format qui fait vraiment son travail sur le climat du groupe.
- Huit heures par classe : le format que j'ai mené à Parentis, restitution comprise. On a le temps de reprendre les textes, de préparer la scène, et la restitution devient un événement dans l'établissement.
Le projet se range naturellement dans le parcours d'éducation artistique et culturelle, et peut mobiliser la part collective du pass Culture au collège et au lycée.
Combien ça coûte
60 à 90 € de l'heure d'animation, le plancher de 60 € correspondant au tarif de référence employé par les DRAC pour les interventions artistiques en milieu scolaire. L'effectif ne change pas ce tarif : une classe de quinze et une classe de trente, c'est la même heure d'intervention. Ce qui construit le budget, c'est le volume d'heures et le nombre de classes — trois classes, ce sont trois fois les heures.
Et concrètement ? Le tarif d'un atelier se situe entre 60 et 90 € de l'heure suivant la structure qui l'organise, et je me déplace partout en France. Pour connaître mes tarifs, c'est dans le simulateur de devis : il chiffre votre projet en quelques questions, et le devis officiel s'établit ensuite après un échange.