Le lexique du battle de compliments

Le battle de compliments emprunte au battle rap tout son vocabulaire, jusqu'aux mots qui n'existent qu'en anglais. En voici une trentaine, groupés par usage — le format, le texte, la performance, la salle, le milieu — avec ce que le format inversé change à leur sens.

Auteur : Esope · Intervenant slam : Esope

Assister à un battle sans en connaître le vocabulaire, c’est regarder un match en ignorant les règles : on voit bien que quelque chose se passe, on ne sait pas quoi. La plupart de ces mots viennent du battle rap a cappella et sont restés en anglais — le battle de compliments les a repris tels quels, puisqu’il reprend tout le reste du dispositif.

Ils sont donc valables dans n’importe quel battle. Ce qui change avec les compliments, c’est le sens que prennent certains d’entre eux : une dernière section y est consacrée.

Le format

  • Battle de compliments — joute verbale où deux personnes s’affrontent à coups de compliments, en reprenant les codes du battle rap a cappella. Née dans la ligue québécoise WordUP! Battles, portée en France par la ligue Ta Mère La Mieux.
  • Round — une prise de parole d’un des deux adversaires. Un battle en compte généralement deux ou trois par personne.
  • L’adresse — parler directement à son adversaire, les yeux dans les yeux, à la deuxième personne. C’est ce qui fait la force du format et ce qui le distingue d’une lecture.
  • Match up — le récapitulatif de qui affronte qui. C’est l’affiche de la soirée.
  • Roster — l’ensemble des Battle MC d’une ligue, d’un événement ou de l’écosystème.
  • Tight — un battle difficile à départager, une confrontation serrée. Le compliment le plus fréquent entre Battle MC à la sortie.
  • Bodybag — un battle à sens unique, une victoire écrasante.

Le texte

  • Une bars — une phrase qui tient au moins deux sens de lecture, un jeu de mots élaboré. Le mot s’emploie au féminin et garde son s au singulier : une bars, des bars.
  • Punchline — la ligne conçue pour frapper, celle qui provoque la réaction immédiate. Le détail est dans la page qui lui est consacrée.
  • Haymaker — une phrase qui fait réagir tout le public à l’unisson. Le cran au-dessus de la punchline : la salle entière part en même temps.
  • Joke — une blague, une phrase drôle. Elle n’a pas besoin d’être un jeu de mots pour fonctionner.
  • Personal — une phrase qui ne peut s’adresser qu’à cet adversaire-là, parce qu’elle parle de sa vie. C’est la marque d’un texte préparé pour quelqu’un.
  • Générique — l’inverse exact : une phrase qui pourrait s’appliquer à n’importe quel adversaire. C’est le défaut le plus reproché.
  • Corny — une phrase, un jeu de mots, une idée ou un angle déjà vus et revus, donc sans originalité.
  • Reach — une phrase dont le sens est trop poussé, tiré par les cheveux. Le public suit la construction mais ne la trouve pas juste.
  • Pattern — utiliser un champ lexical précis sur plusieurs phrases d’affilée. Un des effets les plus efficaces, parce que la salle anticipe et attend la suite.
  • MMP — même mot pattern : conclure trois lignes ou plus par le même mot, en jouant ou non sur ses différents sens.
  • RAIDS — rimes absurdes idiotes dépourvues de sens. Tout est dans le nom : des rimes qui sonnent sans rien dire.
  • Fillers — les phrases qui précèdent une punchline, souvent le bloc de rimes qui l’installe.

La performance

  • Spit — la manière de dire son texte.
  • Delivery — le flow, la musicalité de la diction.
  • Flip — rebondir sur une phrase du texte de l’adversaire en improvisant sa réponse.
  • Choke — oublier son texte, le trou de mémoire complet.
  • Stumble — un trou de mémoire dont on se remet assez vite. Moins grave qu’un choke.
  • Antic — se servir d’un élément extérieur pour agrémenter une phrase : un objet, un accessoire, une personne qu’on fait intervenir.
  • Shots fired — adresser une phrase à quelqu’un d’autre que son adversaire : un membre du public, un autre Battle MC, l’organisateur.

La salle

  • Hype man — la personne, sur scène ou dans le public, chargée de surréagir aux phrases de celui qui performe pour entraîner la salle.
  • Sleep — l’absence de réaction du public sur une phrase. Le contraire exact d’un haymaker, et la sanction la plus rude du format : rien.

Le milieu

  • Top / mid / low / god tier — le classement informel des artistes par niveau. Personne ne l’écrit officiellement, tout le monde a plus ou moins son classement.
  • G.O.A.T — greatest of all time : une légende de la discipline.
  • Step up — augmenter son niveau artistique. Se dit de quelqu’un qui revient meilleur qu’à sa dernière apparition.
  • A-game — le meilleur niveau d’un Battle MC. « Être sur son A-game », c’est être au sommet ce soir-là.

Ce que le battle de compliments change à ces mots

Le vocabulaire est le même, mais l’inversion du contenu en déplace plusieurs, et c’est là que le format devient intéressant.

  • Personal passe du plus cruel au plus précieux. En battle rap, une phrase personnelle vise la faille ; en compliments, elle prouve qu’on a vraiment regardé l’autre. C’est la ligne la plus difficile à écrire et celle qui fait la différence.
  • Flip change de fonction : on ne retourne plus une attaque, on rebondit sur un éloge pour en faire un plus grand. Toujours aussi difficile, toujours réservé à l’élite.
  • Bodybag perd son tranchant. Une victoire écrasante reste une victoire, mais les deux repartent avec des compliments — ce qui adoucit considérablement la défaite.
  • Sleep, lui, ne change pas. Un compliment qui ne fait pas réagir tombe exactement comme une attaque qui rate.

Faire venir un intervenant

Esope intervient depuis 2016 en collège, en lycée, en école, en structure jeunesse et en établissement médico-social. Champion de France de slam, agréé par l’Éducation nationale.

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