Deux heures d’écriture à la Maison des adolescents de Bordeaux

À la Maison des adolescents de Bordeaux Peyberland, le groupe change à chaque séance. Deux heures, une dizaine de participants, et un texte à écrire les uns pour les autres.

Auteur : Esope · Intervenants slam : Esope

Une jeune femme lit son texte au micro lors d’un atelier d’écriture
Deux heures suffisent pour qu’un texte existe — à condition de le dire à voix haute avant la fin.

La Maison des adolescents de Bordeaux Peyberland accueille des jeunes et des jeunes adultes, souvent orientés par la Mission locale. J'y anime un atelier d'écriture au format court : deux heures, une dizaine de participants, et un groupe qui n'est jamais le même d'une fois sur l'autre. Autant dire que rien ne se construit sur la durée : tout doit tenir dans la séance.

Le contexte : écrire sans connaître le groupe de la veille

Dans une classe, on peut s'appuyer sur ce qui a été fait la semaine précédente. Ici, non. Chaque séance recommence à zéro, avec des jeunes qui arrivent pour des raisons très différentes : certains sont là par curiosité, d'autres parce qu'un éducateur le leur a proposé, quelques-uns parce qu'ils écrivent déjà chez eux et n'osent pas trop le dire. C'est une contrainte, mais elle a un avantage : personne ne traîne d'étiquette.

J'ai choisi d'orienter ces séances vers le battle de compliments. Pour un public qui peut arriver sur la défensive, c'est le format le plus désarmant que je connaisse : on écrit les uns pour les autres, et la première chose qu'on reçoit du groupe, c'est du rire et de la reconnaissance.

Des jeunes adultes écrivent autour d’une table pendant un atelier d’écriture

Le déroulement de la séance

Le minutage est serré, donc il est toujours le même. Dix minutes debout pour casser la glace avec des jeux oraux, sans feuille ni stylo. Vingt minutes d'observation et de collecte : on note des détails concrets sur la personne qu'on aura en face. Quarante minutes d'écriture, pendant lesquelles je passe de table en table — c'est là que se fait le vrai travail, texte par texte. Puis trente minutes de mise en voix et de confrontation, et un quart d'heure de clôture.

La consigne d'écriture tient en une phrase : « trouve ce que cette personne fait mieux que toi, et dis-le de façon qu'on l'imagine ». Les participants ont été amenés à chercher du précis plutôt que du flatteur, ce qui est beaucoup plus difficile — et beaucoup plus efficace.

Les techniques travaillées

En deux heures, je concentre sur trois outils : la comparaison, la chute et le rythme. La comparaison parce qu'elle est immédiatement accessible et qu'elle fait tout le travail d'image. La chute parce qu'un texte court vit ou meurt sur sa dernière ligne. Le rythme parce que c'est ce qui sépare un texte lu d'un texte dit. Le reste — construction longue, jeux de rimes internes, souffle — appartient aux formats plus longs, comme un projet slam sur plusieurs séances.

Ce que la séance permet de travailler

Cette séance offre un espace pour formuler une idée devant des gens qu'on ne connaît pas, écouter avec attention, et recevoir un retour positif sans le désamorcer par une blague. Pour beaucoup de participants, l'exercice difficile n'est pas d'écrire un compliment, mais d'en entendre un jusqu'au bout. C'est souvent là que la séance devient intéressante.

Un participant cherche ses mots, la main contre le menton, pendant un atelier d’écriture
Le silence du milieu de séance : ce n’est pas un blocage, c’est le moment où ça travaille.

Le moment marquant

Une participante a demandé, à la fin, si elle pouvait garder la feuille où quelqu'un avait écrit sur elle. Puis une deuxième. Puis tout le monde. On a terminé la séance à échanger les brouillons plutôt qu'à les ramasser. Je ne l'avais pas prévu, et je l'ai gardé depuis : les textes repartent avec ceux qu'ils décrivent.

Ce que ces séances permettent d’explorer

Ce qui m'intéresse dans ce format, c'est la démonstration qu'il fait : il ne faut pas beaucoup de temps pour qu'un jeune produise un texte dont il est fier, il faut un cadre clair et une raison d'écrire. Si votre structure accueille un public en flux — mission locale, accueil de jour, foyer — ce format court se cale facilement dans une programmation existante.

Vous souhaitez imaginer un projet similaire ?

Esope conçoit des ateliers de slam, d'écriture, de poésie, de rap et d'éloquence adaptés aux publics, aux objectifs et au contexte de chaque structure.

Les autres projets

Le parcours

Esope

Depuis l'adolescence, j'ai voulu construire des projets en lien avec le slam et le rap. Je ne savais pas quoi ni comment, mais je voulais faire des choses. Faire des choses non seulement pour alimenter et partager ma passion, mais également pour grandir et vivre avec elle.

Au cours de mon parcours, j'ai saisi toutes les opportunités qui s'offraient à moi. J'ai écumé les scènes slam, enregistré des chansons de rap, publié un recueil, organisé des visites en poésie de lieux culturels et même défendu ma verve au Rap Contenders.

Aujourd'hui, je trouve beaucoup de plaisir à faire des conférences, des ateliers slam ou des formations d'éloquence. J'essaye toujours de partager ce que je sais en étant le plus créatif et pertinent possible. À travers l'enseignement, j'ai aussi trouvé une façon de continuellement apprendre.

Transmettre est un mot qui pourrait définir la vision de mon métier. Via des ateliers slam ou des performances artistiques, c'est exactement ça que je fais : transmettre.

Prix et distinctions

Générer de l'ambition

Très souvent, mes ateliers se déroulent dans une classe qui n'a jamais pratiqué l'écriture poétique. Pour beaucoup, réussir à écrire un texte de slam n'est même pas envisageable. L'ambition est une construction sociale, elle est liée à notre culture. La bonne nouvelle, c'est que si c'est culturel, c'est quelque chose qu'on peut apprendre, former et construire.

Le manifeste

Créer un espace bienveillant qui permet aux jeunes de s'exprimer en toute liberté.

  1. Atelier non conventionnel Bien que la forme soit scolaire, mon attitude est celle d'un intervenant extérieur.
  2. Pratiquer pour comprendre L'élève devient auteur et orateur, mais aussi spectateur attentif des autres créations.
  3. Plus aucune hiérarchie Les cartes sont redistribuées pour que la pression scolaire ne freine pas l'écriture.
  4. Célébrer le courage Pas d'applaudissements, pas d'art. L'élève doit être conscient de la mission accomplie.